Liège, le 17 février 2000
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
LES PROPOSITIONS DU MINISTRE HAPPART BATTUES EN BRÊCHE
À L'UNANIMITÉ, LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA CHASSE
S'EST PRONONCÉ CONTRE LES PROJETS D'ARRÊTÉS !
Ce lundi 14 février, le Conseil supérieur wallon de la chasse s'est réuni pour se prononcer sur les projets d'arrêtés du ministre de l'Agriculture et de la Ruralité en matière de chasse. À l'unanimité, les membres ont refusé les projets du ministre. Les inquiétudes[1]des associations de protection de la nature ont donc été vérifiées et confortées par l'avis du Conseil.
Une première... Du jamais vu... De mémoire de membre du Conseil, jamais pareille situation ne s’était présentée. De concert, chasseurs et non chasseurs se sont en effet opposés à l'ensemble des six projets d'arrêtés du ministre en matière de chasse. Un camouflet affligeant pour le ministre chasseur ! Les chasseurs ne s'y sont pas trompés. Sous des couverts de bienfaiteur, le ministre qui déclare vouloir révolutionner le monde de la chasse risque bel et bien de mener celle-ci à sa perte.
L'AVIS DU CONSEIL
Trois jours après la tenue du Conseil de la chasse, l'avis officiel n'est pas encore disponible. Il ne le sera probablement pas avant plusieurs semaines car la pression est forte, semble-t-il, pour retarder sa transmission au ministre. Comment, en effet, faire en aussi peu de temps la synthèse d’une journée de débats entre personnes consternées par la mauvaise facture de ces textes et qui, toutes, s’interrogeaient sur les motivations à modifier des dispositions actuelles, fruit de longues séances de travail et d’un dialogue avec l’administration et l'ensemble des parties concernées ?
MANQUE DE TRANSPARENCE !
Au-delà des propositions inacceptables du ministre [voir p.3], rejetées par le Conseil supérieur, les associations de protection de la nature sont heurtées par l’opacité qui a entouré jusqu’à présent l’élaboration des projets d’arrêtés. Ainsi, par exemple, la question fut posée le 16 décembre dernier au ministre, à l’occasion d’une table ronde organisée par Inter Environnement Wallonie, de savoir s’il comptait consulter le secteur associatif préalablement à l’élaboration des arrêtés. Sa réponse fut sans équivoque : il ne souhaitait pas nous consulter afin “ de nous éviter d’être frustrés à cause des mesures qu’il allait prendre ” ! Nous avons pris acte.
L'absence de concertation et le manque total de transparence se trouvent en absolue contradiction avec les principes défendus récemment par l’ensemble du Gouvernement wallon, au travers du Contrat d’Avenir pour la Wallonie actuellement en discussion au Parlement wallon, préconisant “ une culture et une déontologie basée sur l’écoute du citoyen, l’information, la transparence, l’échange ” et par lequel le “ Gouvernement entend travailler autant que possible en concertation et en partenariat avec les acteurs du développement... notamment le secteur associatif ” !
Nous demandons au ministre de mettre sur pied une concertation, dans l’esprit du Contrat d’Avenir, avec l’ensemble des parties concernées (monde cynégétique, agriculteurs, associations œuvrant pour la conservation de la biodiversité, administration en charge de la chasse et de la nature, secteur du tourisme, grand public...) afin de préserver et de renforcer cet équilibre que le ministre semble vouloir rompre.
UN HAPPART PEUT EN CACHER... UN AUTRE !
Plus inquiétant, et tout aussi peu transparent, on apprend que c’est son frère, Jean-Marie Happart, Sénateur fédéral, qui s’est occupé de préparer en comité très restreint au sein du Cabinet wallon, les arrêtés en question ! Depuis quand un élu fédéral s’occupe-t-il de dossiers qui sont de compétence régionale ? Est-ce cela la “ nouvelle culture politique ” prônée par le Sénateur en tant que membre suppléant de la “commission du... renouveau politique” ? Il y a ici de toute évidence une grave confusion des rôles.
LE FORCING DU MINISTRE WALLON ?
Même sur le plan purement légistique, bon nombre des propositions du ministre ne tiennent pas la route, ce que n'a pas manqué de mettre en évidence le Conseil supérieur. Ses propositions sont donc non seulement inacceptables sur le fond, elle le sont aussi sur la forme. Sans compter qu'elles sont également contraires à certaines réglementations européens, à la Constitution belge, au décret sur la chasse...
Le ministre de la Ruralité suivra-t-il l'avis unanime du Conseil supérieur wallon de la chasse ? S'il ne le suit pas, il confirmera une fois de plus sa volonté de ne pas s'ouvrir à la concertation et au dialogue.
Nos associations de protection de la nature demandent instamment aux membres du Gouvernement wallon de bloquer les mesures du ministre. Nous veillerons à suivre de près les développements de la présente situation et notamment le sort que réservera le ministre à l'avis du Conseil. L’écoute du citoyen, l’information, la transparence, l’échange... tels sont les préliminaires exigés par nos associations. Le Contrat d'avenir, ni plus, ni moins !
Contact Presse : Patrick du Bus (075/51 79 41).
Secrétariat de presse : Aves a.s.b.l., 36 rue de la Régence, 4000 Liège (04/222 20 25).
Annexe au Communiqué de presse
Six mesures inacceptables !
Parmi les mesures prévues dans les projets d'arrêtés dont nous avons eu partiellement connaissance, six au moins sont inacceptables :
- En permettant la chasse et la destruction de petits carnivores sauvages jusqu’ici protégés “ passivement ” – la belette, l’hermine et la martre –, le ministre mettra à mal durablement l’équilibre de la faune. Les carnivores constituent en effet des auxiliaires précieux de l’agriculture et des forêts car ils se nourrissent quasi exclusivement, et dans des quantités importantes, de petits rongeurs : mulots, campagnols, souris... Or, les pullulations périodiques des rongeurs entraînent les dégâts que l’on sait aux cultures, aux plantations et à la régénération forestière.
- L’arrêté prévoyant la destruction de certaines espèces de gibiers (petits carnivores, notamment) précise que les agents de l’administration (Division Nature et Forêts) seront TENUS DE PROCEDER À LA DESTRUCTION des belettes, hermines, putois... sur le territoire des particuliers qui leur adresseraient une demande dans ce sens. La nouvelle culture politique irait-elle jusqu’à autoriser que l’on mette ainsi la force publique à la disposition d’intérêts purement privés ?
- En restreignant l’usage du pirsch (chasse à l’affût) – outil de régulation qualitative – au profit de la battue - méthode non sélective par essence - pour la chasse au “ grand gibier ”, le ministre risque d’affecter dangereusement la qualité et la santé du grand gibier.
- Le ministre veut aussi autoriser l’usage de sources lumineuses (“ bacs à lumière ”) de nuit pour détruire le renard. Cette mesure est non seulement sans effet sur la dynamique des populations de renard - ce que démontrent plusieurs études scientifiques - , mais en plus elle ouvre toute grande la porte au braconnage tant décrié. Cette technique, actuellement interdite, est en effet utilisée par les seuls braconniers. En la légalisant, il deviendra impossible de faire la différence de nuit entre un chasseur et un “ hors-la-loi ” ! Par ailleurs, l’utilisation des bacs à lumière est une source de perturbation tout à fait préjudiciable pour le reste de la faune, déjà malmenée de jour, et qui ne trouve souvent plus la quiétude que la nuit.
- Le ministre veut également autoriser la chasse au vanneau et prolonger celle de la bécasse. Nous nous opposons formellement à l'ouverture de la chasse au vanneau. Des recherches récentes menées en Wallonie ont clairement montré que les populations de vanneau sont instables et moins denses qu'auparavant. Quant à la bécasse, la situation de cette espèce est mal connue mais les populations semblent également en régression en Europe. Avant toute éventuelle extension de la période de chasse, nous demandons qu'une évaluation objective soit menée, sur base des recherches les plus récentes.
- Le ministre voudrait également autoriser l’usage de chiens pour éliminer le renard. S’il s’agit du déterrage au terrier, cette mesure sera extrêmement préjudiciable au blaireau, une espèce légalement protégée, qui partage souvent ses terriers avec le renard. Sans une intervention des associations de protection de la nature à la fin des années septante, le blaireau aurait pu totalement disparaître de Wallonie suite au gazage intensif des terriers de renard, mené à l’époque pour lutter contre la rage. Les chiens remplaceront-ils le gazage et auront-ils raison des populations de blaireau...?
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Aves
Société
d'Etudes Ornithologiques
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Jeunes & Nature
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Inter Environnement
Wallonie
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Ligue Royale Belge
pour la Protection des Oiseaux
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Les Amis de la
Fagne
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Ardenne &
Gaume
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Communiqué de presse du 11 février disponible sur simple demande.