La belette
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Si tout le monde la connaît ou croit la connaître, la confusion est toutefois
fréquente... Alors, la belette, petite sœur de l'hermine ? Pas vraiment.
Benjamine des carnivores d'Europe, la belette mérite vraiment
d'être réhabilitée et protégée...

Question à cinq francs

Figure 1. Aire de répartition européenne de la belette
La Belette se rencontre de l’Europe et du Maghreb à la Sibérie, le Japon et l’Afghanistan. Elle a également été introduite sur plusieurs îles de l’Atlantique et de la Méditerranée pour combattre les souris.
En Wallonie, la belette se retrouve sur l’ensemble du territoire. Elle est néanmoins considérée par la Région Wal-lonne comme une espèce «sensible» c'est-à-dire qu'à moyen terme, elle risque de régresser plus ou moins for-tement.
Voici la benjamine des carnivores d’Europe : oreilles à peine visibles, petite queue, bas sur pattes, c'est vrai qu'elle n'impose guère avec sa vingtaine de centimètres de long et son poids qui avoisine les 80 grammes ! 80 grammes : c'est à peine le poids de trois ou quatre souris grises de nos maisons ! Légère, la belette est aussi svelte ! Incroyable mais vrai : elle s’introduit sans la moindre difficulté dans un trou pas plus large que 23 mm de diamètre, la taille d'une pièce de cinq francs. Vous imaginez bien qu'aucune galerie de rongeurs ne lui résiste ! Mulots, souris et autres campagnols n'ont qu'à se tenir à carreau...

Par monts et par vaux

La belette se rencontre dans la plupart des habitats : les lisières de forêt, les talus, les fossés, les haies, les broussailles, les vergers, les parcs, les champs et les bois, tout est bon ! Profitant de son aptitude à se glisser dans les galeries des rongeurs, elle passe une bonne partie de son temps sous terre, y chasse, s’y réfugie à la moindre alerte et y établit même son nid. A la différence de l’hermine, elle évite cependant les terrains humides.
Alors que les martre, blaireau, putois... ont besoin d’abris naturels diversifiés (haies, buissons, talus, ronciers...) pour se dissimuler, construire un gîte et se reproduire, la belette peut se contenter d'habitats fortement "dénudés" ou modifiés par l'homme. Voilà pourquoi, en Wallonie, on la retrouve notamment dans les grandes plaines céréalières de Hesbaye, là où se produisent périodiquement d’importantes pullulations de campagnols avec les dégâts que l'on sait pour les cultures...

Au menu : des rongeurs !

Tous les spécialistes sont unanimes : l'essentiel (90%) de la nourriture de la belette est composée de rongeurs ! Elle en consomme environ 350 par an. Et lorsque les rongeurs pullulent, comme c'est le cas périodiquement, pour la belette c'est une aubaine : elle en capture, "en veux-tu en voilà" ! Avec une moyenne de 30 belettes par km² de cultures [voir encadré "Des pics de pullulation"], faites le compte : ce ne sont pas moins de 10 000 souris et campagnols qui sont ainsi consommées par an ! 10 000 rongeurs par an par kilomètre carré : quel est l'agriculteur qui peut se targuer d'en détruire autant ? Alors, nuisible la belette ?
J'entends déjà : oui mais elle ne se nourrit pas que de rongeurs ?! C'est vrai, elle peut aussi capturer occasionnellement des musaraignes, des taupes (insectivores), plus rarement des reptiles, des amphibiens et des oiseaux de petite taille. Et qu'en est-il des "protégés des chasseurs" c'est-à-dire les lièvres, les faisans et les perdrix ? C'est possible également... mais vu sa taille de pygmée, la belette ne peut capturer que de très jeunes individus. C'est si rare, si anecdotique, qu'il n'est plus légitime aujourd'hui de pointer la belette comme bouc émissaire. Les vraies causes de disparition du "gibier" sont bien connues [voir encadré : les vraies causes de la disparition du gibier].
Et les poules, et les œufs ? Les animaux domestiques ne sont que très rarement attaqués. Si la belette fréquente le voisinage des enclos, c'est parce qu'elle y est attirée davantage par les souris qui s'y multiplient et viennent grignoter les graines que par les animaux d'élevage. Sa faible taille limite d’ailleurs celle des proies qu'elle peut capturer (poussins, lapereaux...). Ici aussi, cela n'est rien en comparaison aux services qu'elle rend par ailleurs en capturant les rongeurs.

Une vie de belette

La belette émet des effluves malodorants : une manière comme une autre de repousser les prédateurs. En dépit de la présence de glandes anales aux sécrétions répulsives, elle possède toutefois de nombreux ennemis naturels. Y figurent en bonne place : le renard, le chat sauvage et le chat haret ainsi que la fouine et putois. La belette est plus rarement inscrite au menu des rapaces : buses, autours, chouettes, hiboux.
Pour la belette, il y a les "bonnes" et les "mauvaises" années. Les "bonnes" années sont celles où les proies (campagnols...) sont abondantes. Dans ces conditions, elle peut avoir deux portées, chacune de 3 à 9 (voire 12) petits en moyenne. Par contre, durant les "années de vaches maigres", la belette n'aura souvent qu'une portée unique.
Figure 2. Le périmètre des triangles rouges repré-sente la courbe d'évolution temporelle de la popu-lation de Campagnol des champs (0 à 1000-4500 individus/km2 ), la courbe en pointillés, celle de la population de belette (0.2 à 30 individus/km2). Cette dernière présente un décalage positif de quelques semaines.
Les populations de belettes fluctuent selon des cycles de deux à quatre années qui suivent les populations de rongeurs dont elles se nourrissent. Cela signifie que s'il y a beaucoup de rongeurs… il y aura aussi beaucoup de belettes. Ainsi, le nombre de belettes au km² peut at-teindre 30 individus lorsque les populations de campa-gnols sont au plus fort (100 à 450 individus/hectare). Lorsque les densités de rongeurs sont faibles (quasi au bord de l'extinction suite à l'action des belettes), celles de belettes le deviennent aussi (en moyenne infé-rieures à 0,2 individus/km²). D'une année à l'autre les rapports entre faibles ("mauvaises" années) et fortes ("bonnes" années) densités peuvent être de l'ordre de 1 à 100. On le voit, les variations de densités de populations de belettes sont donc uniquement fonction de celles de ses proies (principalement les rongeurs). Que se passe-t-il lorsque les populations de rongeurs diminuent ? N'y a-t-il pas le risque que la belette se ra-batte, faute de rongeurs à se mettre sous la dent, sur des proies plus rares ou… sur le "gibier" des chas-seurs ? Pas du tout ! Même en présence d'autres proies, on observe que les populations de belette régressent (mortalité naturelle) parallèlement à celle des rongeurs.

Tous pour un, un pour tous !

Comme l'a montré le chercheur Fitzgerald, les
différentes espèces de carnivores sont complémentaires dans le maintien des petits rongeurs à des niveaux raisonnables. Ainsi, les "spécialistes" comme la belette ou l’hermine joueraient un rôle déstabilisant sur les populations de rongeurs lors de phases de pullulations alors que les prédateurs plus généralistes (renard, chat, buse...) joueraient plutôt un rôle régulateur durant les phases de déclin et de faibles densités des proies.

  1. Trente belettes consomment 10 000 rongeurs par an et par km² !
    Ce résultat est atteint lors des pullulations de rongeurs, où la densité de belettes peut atteindre environ 30 individus par km² et où chaque individu consomme environ 350 rongeurs par an.

  2. La reproduction de la belette est fonction de la densité de petits rongeurs dont elle se nourrit
    La belette constitue un cas unique parmi les prédateurs :

    • Sa fécondité peut varier dans des proportions étonnantes : de 3 à 8 parfois même 12 jeunes par portée, suivant la quantité de proies disponibles.
    • Cas unique, lors des pullulations de rongeurs, elle peut avoir deux portées par an au lieu d’une.
    • Sur le plan de la maturité sexuelle, la belette est très précoce. Les femelles nées au printemps peuvent déjà mettre bas à l’âge de 5 mois lors de pullulations de campagnols. Les populations de belettes s'adaptent donc rapidement à cette situation nouvelle. Les autres carnivores sont quant à eux obligés d’attendre l’année suivante pour se reproduire.
      De tous les carnivores, la belette est donc bien celle qui paraît la mieux à même de contrôler en permanence les populations de rongeurs et d’empêcher ou de retarder leurs pullulations dont on connaît les dégâts sur le plan agricole.

  3. La belette ne se nourrit qu’exceptionnellement de jeunes levrauts, poussins ou œufs, et elle ne fait qu’exercer par là son rôle normal de prédateur naturel
    La belette peut s’attaquer à l’occasion à de jeunes proies vivantes tels que jeunes levrauts, poussins divers (faisans, perdrix...) et œufs, qu’elle trouve lors de ses pérégrinations à la recherche des petits rongeurs. Cette prédation est dans l’ordre des choses.

    Certains témoignages font état de l’attaque de lièvres adultes (plusieurs kilos) par la belette (au maximum une centaine de grammes). Il est impensable qu’une belette qui ne pèse jamais que trois à quatre fois le poids d’une souris, puisse venir à bout d’un lièvre en pleine santé. Ces observations concernent plus probablement des animaux blessés ou malades. C'est probablement le cas pour les lièvres atteints de "tularémie", une maladie virale qui a fortement réduit les populations de lièvre en Wallonie. Mais dans ce cas, la belette joue simplement son rôle de prédateur naturel en éliminant prioritairement les individus malades ou blessés.

  4. Si la belette entre dans un poulailler, c’est pour chasser les rongeurs
    En effet, sa taille de pygmée en comparaison à celle des poules ne lui permet guère de s’attaquer à de grosses proies. Que vient faire alors la belette dans le poulailler ? Tout simplement chasser les souris et les mulots attirés par le grain distribué chaque jour à la volaille.
    Enfin, en cas de récit de dommages causés par une prétendue belette, il sera toujours bon de s’assurer que la personne en question ne la confond pas avec un autre carnivore, ou avec le rat surmulot, gros rongeur fréquent dans les basses cours et autres poulaillers, et qui consomme les œufs et les jeunes poussins.

  5. Les élevages à gibier peuvent attirer la belette
    La gestion artificielle de la chasse (libération de faisans peu de temps avant les tirs) entraîne une multiplication des faisanderies et autres élevages. Ces concentrations d’animaux prisonniers dans des volières et affaiblis par les conditions artificielles de leur détention, constituent pour tous les carnivores sauvages une tentation permanente. Ici aussi, il y a lieu de rester sceptique quant à d’éventuelles attaques par la belette sur les oiseaux élevés. Comme dans le cas des poulaillers, la belette peut s’aventurer dans ces élevages pour y capturer les rongeurs attirés par les graines.

Pour en savoir plus :

DELATTRE P., 1987. La belette et l’Hermine. Encyclopédie des Carnivores de France. Ed. de la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères. 73 pp.
DELATTRE P., CROSET H., ANGOL J.P., 1991. Comment fonctionnent les populations de vertébrés ravageurs ? Bulletin technique d’information du Ministère de l’agriculture français. Mars-Avril. 16-23
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ERLINGE S., 1975. Feeding habits of the weasel (Mustela nivalis) in relation to prey abundance. Oikos, 26. 378-384.
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FITZERALD, B.M., 1977. Weasel predation on a cyclic population of the montane vole (Microtus montanus) in California. J. An. Ecol., 46 : 367-397.
HAINARD R., 1965. Mammifères sauvages d’Europe, Vol.1 (Insectivores, chiroptères, carnivores). Eds Delachaux et Niestlé.
HEPTNER V. G. et NAUMOV N. P., 1974. Die säugetiere der Sowjetunion. 17. Untergattung Mustela. 628-720.
KING C. M., 1980. Studies of the control of stoats (Mustela erminea) in new Zealand forest. World. Furb. Conf. Maryland, 443-469.
LOCKIE J. D., 1966. Territory in small carnivores. Symp. Zool. Soc. Lond., 18. 143-165.
PERRINS J. C., 1965. Population fluctuations and clutch-size in the great tit (Parus major). J. Anim. Ecol., 35. 217-233.
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SHILLING D., SINGER D. et DILLER H., 1986. Guide des mammifères d’Europe. Ed. Delachaux et Niestlé. 280pp.

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