La fouine
[Retour]

Fouine ou martre ? Les distinguer n'est pas chose aisée. Forts semblables, la fouine est un peu la martre des villes et des villages. De nature curieuse, elle explore les moindres recoins de son habitat et n'hésite pas à s'approcher des habitations. Peut-être la surprendrez-vous un soir de pleine lune gambader sur le faîte de la maison. Jamais un animal n'a aussi bien porté son nom !
Figure 6. Aire de répartition européenne de la fouine
La Fouine se rencontre dans toute l’Europe, de la Méditer-ranée jusqu’au golfe de Finlande au Nord. En Wallonie, elle se retrouve sur l’ensemble du territoire. Début des années 80, la fouine était considérée comme une « espèce sensible ». Depuis lors, cette espèce anthropophile et opportuniste a regagné progressivement le terrain perdu, sans que les densités de population n'aient cependant at-teint leurs niveaux d'antan.

Morphologie et anatomie

Le pelage de la fouine est d'un beau brun roux mais contrairement à la martre qui lui ressemble, la gorge et la poitrine sont blanches.
En moyenne, la fouine mesure entre 45 et 50 cm sans compter la queue qui atteint 25 à 30 cm. La taille de la femelle est légèrement inférieure à celle du mâle de même que son poids : de 1 à 1,5 kg pour la femelle contre 1,2 à 2 kg pour le mâle.

La martre des rochers

Vivant dans les greniers, les hangars et les granges, mais ne sortant que la nuit, la fouine passe souvent inaperçue. Cet animal peut parfois être moins discret à l’époque du rut ou de l’élevage des jeunes en raison de leurs sarabandes nocturnes ponctuées de cris aigus.

Sa souplesse, ses talents de grimpeuse et ses prouesses acrobatiques sont extraordinaires. Elles lui permettent d’établir ses quartiers dans des greniers, des combles ou des clochers qu’elle rejoint en escaladant agilement les murs. Mais de nombreux autres endroits lui permettent aussi de se reposer : buissons épais, amas de blocs, terriers, tas de bois, gros nids d’oiseaux. La grande faculté d’adaptation de cette espèce lui permet de vivre dans des milieux aussi différents que les zones de cultures, les villes, les forêts morcelées, les bocages...

Une fouineuse

A l'écart de l’homme, la fouine exploite avant tout les fruits sauvages : mûres, framboises, sorbes ainsi que sureau noir, myrtilles et prunelles constituent l’essentiel de son alimentation. Ensuite, ce sont les mammifères, principalement les campagnols et les mulots qui sont consommés. Les oiseaux, surtout les passereaux et leurs œufs, les insectes voire même les vers de terre sont des proies fréquentes en fonction des régions.
En zone rurale, la fouine met à profit les ressources qui lui sont offertes par la proximité de l’homme : fruits domestiques, volailles, déchets de cuisine. Mais ici aussi, l’alimentation repose surtout sur l’exploitation de sources “ sauvages ” de nourriture, notamment des petits mammifères, des rongeurs en particulier. Parmi les oiseaux, les espèces les plus fréquemment consommées sont de petits passereaux, moineaux et merles, et corvidés. Les pigeons ramiers et domestiques figurent également en bonne place, de même que les œufs chapardés dans les fermes (poule, oie, canard) ou provenant du pillage de nids d’oiseaux sauvages (merle, ramier...). En milieu urbain, les fouines s’alimentent principalement de fruits de toutes sortes, tant sauvages que cultivés : cerises, prunes, pommes, poires, mûres, sorbes, arilles d’if, baies de sureau ou de Ligustrum, raisins, voire mandarines ! Les oiseaux figurent également en bonne place, notamment les pigeons, moineaux et étourneaux. Les mammifères semblent en revanche peu consommés. Enfin, la fréquence des déchets ménagers est parfois assez élevée.
La fouine est une opportuniste qui mange de tout. Elle adapte cependant son régime en fonction des ressources les plus abondantes et les plus faciles d’accès  selon les saisons :
  • en automne et en hiver, le régime est très riche en fruits de toutes sortes ;

  • en hiver et au printemps, les mammifères et les oiseaux (y compris les œufs) sont principalement capturés. Ces proies sont en effet plus rares à la fin de l'été et en automne. Les charognes et les déchets ménagers interviennent aussi en nombre durant cette période ;

  • les insectes sont plus fréquemment consommés en été et en automne.

Démographie et dynamique de population

Les solutions pour se protéger des attaques de la fouine (mais aussi d'autres carnivores comme le renard ou le putois) au poulailler existent !!

Ces attaques ne concernent, dans l'immense majorité des cas, que des clapiers ou des poulaillers particulièrement vétustes, mal verrouillés ou mal entretenus. Si un grillage est troué de partout, si les planches sont disjointes et les portes dans un état lamentable, il ne faut pas s'étonner qu'un jour ou l'autre une bête sauvage profite de l'occasion qu'on lui offre aussi imprudemment. Par contre, un élevage de conception rationnelle ou correctement entretenu se trouve automatiquement à l'abri des prédateurs. Il est bien entendu également important de veiller à ce que les volailles soient enfermées chaque soir à l'intérieur du poulailler. Si malgré tout, un prédateur particulièrement obstiné tente de rentrer dans votre poulailler, diverses substances répulsives (par ex. la Korniline) sont en vente dans toute bonne droguerie et vous permettront à coup sûr d'éloigner définitivement le prédateur.

Renard, chat sauvage, martre et hibou grand-duc sont les principaux prédateurs de la fouine. Les femelles n'ont qu’une seule portée de deux à trois jeunes par an. Plus de la moitié des jeunes meurent avant leur première année. Toutes les femelles ne se reproduisent pas chaque année et généralement ne le font qu’à l’âge de 1 an. Toutefois des femelles de moins d’un an peuvent se reproduire à l'occasion. Ce phénomène pourrait constituer une réponse à une augmentation de la pression de prélèvement (prédation naturelle, chasse). L’espérance de vie ne dépasse pas trois ans. Exceptionnellement des fouines peuvent atteindre l'âge respectable de 10 ans.

1. Les chasseurs ne peuvent rien reprocher de particulier à la Fouine
Etant donné le secteur très particulier qu’elle exploite à savoir le voisinage des maisons, généralement très pauvre en espèces “ gibier ”, étant donné d’autre part son régime en grande partie frugivore, mais aussi grande consommatrice de petits rongeurs, la fouine est un prédateur auquel aucun reproche cynégétique sérieux ne peut être fait.
Les seuls “ crimes ” qui lui soient reprochés sont donc ceux qu’elle est amenée à commettre, de manière épisodique, dans les poulaillers et autres petits élevages.
2. Les carnages épisodiques de la fouine dans les poulaillers, et autres petits élevages : explication
La Fouine se livre parfois à des carnages spectaculaires qui défrayent la chronique et ne font qu'entretenir la mauvaise réputation dont souffrent les “ nuisibles ” en milieu rural.
Entrée dans un poulailler où les poules se mettent soudain à crier, à battre des ailes et à voler en tous sens, la Fouine manifeste une sorte de "frénésie de mise à mort". Les mouvements des futures proies agiraient comme un stimulus déclencheur du comportement de prédation chez la fouine. Au comble de l’excitation, elle tue ainsi tous les animaux les uns après les autres et ne s’arrête que lorsque le calme est totalement revenu.

Pour en savoir plus :

HAINARD R., 1965. Mammifères sauvages d’Europe, Vol.1 (Insectivores, chiroptères, carnivores). Ed Delachaux et Niestlé.
KALPERS, J. (1983) - Contribution à l'étude écoéthologique de la fouine (Martes foina) : stratégie d'utilisation du domaine vital et des ressources alimentaires. I Introduction générale et analyse du régime alimentaire. - Cahiers Ethol. appl., 3 : 145-163.
KALPERS, J. (1984) - Contribution à l'étude écoéthologique de la fouine (Martes foina) : stratégie d'utilisation du domaine vital et des ressources alimentaires. II . Radiorepérage et discussion générale. - Cahiers Ethol. appl., 4 : 11-26.
LIBOIS, R., 1991. La fouine (Martes foina Erxleben,1777) - Encyclopédie des Carnivores de France. Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères. 53 pp.
SHILLING D., SINGER D. & DILLER H. (1986) - Guide des mammifères d’Europe. Ed Delachaux et Niestlé.