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Hermine,
la brune...
Hermine la blanche.
Longtemps chassée pour sa fourrure, l'hermine était plus
connue exhibée au cou de quelques dames frileuses que dans la nature.
Depuis quelques années, la chasse et la capture de ce petit carnivore
ne sont plus autorisées en Wallonie. Mais voilà que surgit
à nouveau le spectre archaïque de la "destruction" d'un animal
aussi beau qu'utile...
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Figure
3. Aire de répartition européenne de l’hermine
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L’hermine
se rencontre dans tous les pays d'Eurasie et d’Amérique
du Nord. En Europe, on la retrouve dans les régions froides
et tempérées, à l’exception de la Provence en France, la
Corse, l’Italie et les îles méditerranéennes.
En Wallonie,
l’hermine a une répartition ubiquiste. Elle semble néanmoins
plus localisée au nord du sillon Sambre et Meuse. Son statut
est considéré comme « sensible » par la Région wallonne
c'est-à-dire qu'à moyen terme, elle risque de régresser
plus ou moins fortement.
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L'immaculée
L’hermine
est le prototype du petit carnivore vermiforme : corps long
et mince, oreilles courtes et arrondies. Un peu plus massif que
la belette, l'hermine est souvent confondue avec cette dernière
tant leurs pelages d'été sont semblables. La queue
de l'hermine terminée par un pinceau noir est le principal
signe de reconnaissance.
En moyenne, l'hermine
mesure 30 à 42 cm dont 10 à 12 cm pour la queue.
Les femelles sont plus petites que les mâles. Le poids varie
de 100 à 300 grammes.
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Habitat
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Le
saviez- - vous ?
Contrairement
à une opinion répandue, toutes les hermines ne deviennent pas
blanches en hiver. Certaines années, dans les régions de plaine
notamment, de très nombreux individus conservent leurs couleurs
d’été.
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La plupart des habitats conviennent
à l'hermine : champs, prés, prairies bocagères,
lisières des bois, fossés, haies, jardins, friches, régions
pierreuses ou marécageuses, dunes, parcs boisés... Elle
semble toutefois plus rare au cœur des forêts denses et dans
les grandes plaines céréalières où les abris
naturels (haies, bosquets, talus...) ont disparu. Là où
elle n’est pas persécutée, elle s’enhardit et
s'approche volontiers des habitations.

Au menu ? Des rongeurs !
Comme la belette
avec qui elle partage un régime alimentaire semblable, l'hermine
est adaptée par sa morphologie mince et effilée à
la chasse aux rongeurs dans leurs galeries. Elle en fait son quotidien
puisque jusqu’à 99% de son alimentation est composée
de campagnols terrestres, de campagnols des champs, de mulots, ou de rats
surmulots.
Plusieurs recherches
ont montré qu'un individu adulte consommait quotidiennement entre
70 et 230g de nourriture soit 3 à 8 campagnols des champs par jour !
Multiplié par 365 jours, les agriculteurs auront vite fait le compte :
une hermine préservée équivaut à 1000 ou 3000
petits rongeurs en moins par an ! Qui a dit que l'hermine était
"inutile" ?
Elle peut aussi se nourrir
de temps à autre d’autres petits vertébrés
(lézards, grenouilles...) et d'invertébrés (escargots,
insectes...), mais aussi d'insectivores (taupes, musaraignes) voire pendant
les périodes de faible densité de rongeurs, de fruits qui
sont alors ingérés en quantité appréciable.
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Hermine
ou belette ?
Voici
4 critères pour distinguer l'hermine de la belette :
- l’hermine a le
bout de la queue noir, pas la belette ;
- elle est plus longue
que le belette (mais elle est à peine plus épaisse) ;
- la ligne de séparation
entre le dessus brun et le dessous blanc est régulière chez
l’hermine, en zigzag chez la be-lette ;
- Le pelage de la
belette est beaucoup plus ras et plus foncé que celui de l’hermine.
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Elle se nourrit occasionnellement,
il est vrai aussi, de jeunes oiseaux, de lapereaux ou levrauts qu'elle
prélève au nid mais rappelons le caractère anecdotique
de ces prélèvements. Qui plus est, elle n'est en rien responsable
de la disparition du "gibier" des chasseurs : les causes sont à
rechercher ailleurs, notamment dans l'intensification de l'agriculture
(perte d'habitats, arasement des haies et des talus...). Et si elle pénètre
à l'occasion dans les poulaillers ou les élevages, c'est
souvent pour les mêmes bonnes raisons que la belette !
Les populations :
c'est de la dynamique !
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Figure
4. Le périmètre des triangles bleus représente la courbe d’évolution
temporelle de la population de Campagnol terrestre (0 à 1000-10000
individus/km2), la courbe en pointillés, celle de la population
d’hermine (0.2 à 20 individus/ km2).
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Les
préférences alimentaires de l’hermine à l’égard du cam-pagnol
terrestre créent une apparente dépendance de ce prédateur vis-à-vis
de sa proie. Il en résulte des diminutions importantes de densité
de populations d’hermines pendant les phases de déclin de ses
proies.
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Les prédateurs principaux
de l’hermine sont les renards, les chats harets et sauvages et le
hibou grand-duc.
Le nombre de jeunes est
très variable d’une année à l’autre et
selon les régions : entre 4 (parfois 3) et 7 pouvant aller
jusqu’à 9. Tout comme pour la belette, les effectifs sont
tributaires de l’abondance en proies disponibles, notamment de campagnols
terrestres, qui constituent la nourriture de base de l’hermine.
Et lorsque le nombre de proies diminue, il en résulte également
des diminutions importantes de densité de populations d’hermines.
Les capacités
de multiplication de l’hermine
paraissent relativement moindres en comparaison à celles de la
belette. Contrairement à la belette qui peut avoir deux portées
par an, l'hermine n'en a qu'une. En cause : un mécanisme d'implantation
différée des embryons qui l'oblige à attendre 9 à
11 mois avant de se reproduire à nouveau. Ainsi, alors que la production
maximale d’une belette adulte est de 30 jeunes en une vie, la valeur
correspondante chez l’hermine est de 13. Voilà pourquoi l’hermine
ne peut “ répondre ” aussi rapidement que
la belette à des augmentations de densité de population
de ses proies.
Les densités fluctuent
fortement d’une année à l’autre et semblent
suivre des cycles de 4 à 9 ans (contre 2 à 4 chez la belette).
Les densités maximales, à l’échelle locale,
sont de l’ordre de 1 à 2 individus pour 10 hectares dans
les habitats les plus favorables (marécages, bocages...). Toutefois,
tous les milieux n’étant pas également colonisés,
les densités évaluées à l’échelle
régionale seraient en moyenne beaucoup plus faibles (entre 0,2
et 0,04 individus/10 ha).
Pourquoi protéger
l'hermine ?
1. L’ensemble
des points discutés pour la belette sont également valables
pour l’hermine.
2. Contrairement à une légende très répandue,
l’hermine tout comme la belette ne boivent pas le sang de leurs
proies !
L’hermine et la
belette boivent-elles le sang de leurs proies ? La question peut
paraître, au premier abord, totalement dépourvue d’intérêt.
En effet, en quoi le fait de se nourrir de sang serait-il plus “ répréhensible ”
que de consommer de la chair ? Mais nous devons compter avec l’habitude
qu’à l’homme de juger les animaux selon ses propres
valeurs morales.
Ainsi, aux yeux du public,
les herbivores passent-ils pour des animaux doux et paisibles, alors que
les carnivores sont souvent considérés comme des brigands
et des voleurs. Quant aux buveurs de sang, leur cas est pendable :
il ne s’agit plus d’animaux, mais purement et simplement de
monstres ! “ Elle suce le sang de ses victimes et ne
les lâche qu’avec les dernières secousses de l’agonie ”
écrivait un chasseur en France à propos de l’hermine.
Il n’a jamais été
démontré que l’hermine, la belette et la fouine (principaux
"nuisibles" accusés de vampirisme) consommaient le sang de leurs
proies. La mise à mort la plus fréquemment utilisée
par les mustélidés est l’écrasement de la boite
crânienne, méthode qui provoque une mort immédiate.
Après cet acte, relâchant sa proie, elle la flaire, lèche
le sang qui s’écoule et la dépèce. C’est
ce comportement qui a vraisemblablement amené l’affirmation
selon laquelle elle suce le sang jusqu’à l’ivresse...
3. L’hermine
s’attaque-t-elle à de grands lièvres adultes ?
Ce cas de prédation
est cité des revues cynégétiques, comme étant
monnaie courante.
Cette opinion est toutefois
à nuancer très sérieusement :
- Les cas d’attaque
de gros lièvres par des hermines sont exceptionnels;
- Il ne peut s’agir
que de grands jeunes de 1 ou 2 kg (le lièvre adulte, quant
à lui, pèse 4 kilos alors que l’hermine ne fait
que 300 grammes...).
- Rien ne démontre
qu’il s’agisse de lièvres en bonne santé,
bien au contraire. Ainsi, concernant les lièvres adultes malades,
l’hermine ne fait que jouer un rôle sanitaire en empêchant
les épidémies de se propager.

Pour en savoir
plus
DEBROT S., 1981. Trophic relation
between the stoat (Mustela erminea) and its prey, mainly the
watervole (Arvicola terrestris Sherman). World Furb. Conf.
Maryland, 1, 1.1259-1280.
DELATTRE P., 1983. Density of weasel
(Mustela nivalis) and stoat (Mustela erminae) in relation
to water vole abundance. Acta Zool. Fenn., 174.221-222.
DELATTRE P., 1987. La belette
et l’Hermine. Encyclopédie des Carnivores de France.
Eds de la Société Française pour l’Etude
et la Protection des Mammifères. 73 pp.
ERLINGE S., 1981. Food preference,
optimal diet and reproductive output in stoats (Mustela erminea)
in Sweden. Oikos, 36. 303-315.
ERLINGE S., 1983. Demography and
dynamics of a stoat (Mustela erminea) population in a diverse
community of vertebrates. J. Anim. Ecol., 52. 705-726.
ERLINGE S., GORANSON G., HOGSTEDT
G., LIBERG O., LOIMAN J., NILLSON I. et VON SHANTZ L., 1982. Factors
limiting numbers of vertebrate predator in a predator prey community.
Trans., Inter. Congr. Game Biol. , 14. 261-268.
HAINARD R., 1965. Mammifères
sauvages d’Europe, Vol.1 (Insectivores, chiroptères, carnivores.
Eds Delachaux et Niestlé.
KRAFT V. A., 1966. Effect of temperature
on the mobility of the Hermine in winter. In King (Some soviet research,
1, 104).
SEGAL A. N., 1975. Postnatal growth,
metabolism and thermo regulation in the stoat. Ecology, 61.28-32.
SHILLING D., SINGER D. et DILLER
H., 1986. Guide des mammifères d’Europe. Eds Delachaux
et Niestlé. 280pp.
VaiSfeld M. A., 1972. A contribution
to the Ecology of ermine during the cold season in the European north.
Zool. Zh., 11. 1705-1714.
VERSHININ A. A., 1972. The biology
and trapping of the ermine in Kamchatka. In King (Some soviet
Research, 2. 11-24).
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