La martre
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Que ce soient pour ses poils ou son pelage, longtemps la martre fut réputée auprès des peintres et des dames de la bourgeoisie. Heureusement, certaines traditions... n'ont pas la peau dure. Aujourd'hui, la martre est protégée en Wallonie. Mais pour combien de temps encore ? Un vent de panique souffle dans les bois : voilà que la chasse de cet animal pourrait être à nouveau autorisée...


Figure 5. Aire de répartition européenne de la martre
La martre d'Europe, Martes martes, se rencontre… partout en Europe : au nord jusqu’à la limite des zones forestières, et au sud sur les pourtours de la Méditerranée. Elle est éga-lement présente dans les îles britanniques, en Russie de l’Ouest et dans une grande partie de l’Asie. En Belgique, la martre, également appelée "marte", est es-sentiellement confinée au sud du sillon Sambre-et-Meuse. C'est que l'espèce ne réside qu'au sein de grands massifs boisés pas trop morcelés : Ardenne, Lorraine, Fagne, Fa-menne. Elle est par contre d'une extrême rareté en Flandre où des individus sont régulièrement observés dans les pinè-des du nord de la Campine.

Cousine de la fouine

La martre a une taille comparable à celle d’un chat domestique soit environ 80 cm de long, dont 25 cm pour la queue. Son aspect est toutefois plus mince et effilé. Les mâles sont en moyenne plus grands que les femelles. Ressemblant à la fouine, la martre s’en distingue toutefois par sa bavette d’un beau jaune (blanche chez la fouine) qui contraste avec le dos brun et le bas du ventre blanc.

Dans la forêt profonde

Si la martre ressemble à la fouine, les deux espèces fréquentent des habitats totalement distincts. La martre est strictement forestière et ne s'approche guère des maisons. La fouine, par contre, est inféodée aux habitats rocheux (rupicoles) et fréquente volontiers les abords des habitations urbaines. Le comportement rupicole de la fouine serait d'ailleurs induit par la compétition avec la martre. Ainsi, on observe dans certaines régions, qu'en l'absence de la martre, la fouine peut aussi occuper des habitats forestiers.
La martre occupe des gîtes, soit dans les arbres, soit au niveau du sol, où elle se réfugie ou élève ses jeunes. Durant la saison chaude, les gîtes dans les arbres sont préférés. Il peut s'agir d'une cavité dans un tronc, d'un amas de lierre, d'un nid d’oiseau abandonné, voire d'un nichoir à chouette.
Les densités de populations ne sont pas plantureuses : en moyenne, 1 individu par km² dans les peuplements forestiers âgés et à peine un pour 10 km2 dans les peuplements jeunes. Des études par radio-pistage le confirment et ont montré que les territoires occupés différaient aussi selon le sexe : de 900 à 1 000 ha pour les mâles et de 250 à 450 ha pour les femelles.
Mais ces chiffres varient aussi au cours du temps, les densités de populations étant fonction des ressources alimentaires. Ainsi, durant une période de disette, la compétition pour la nourriture augmente ce qui a une influence directe sur le nombre d'individus qui arrivent à survivre. Plus surprenant, la compétition a également un impact à long terme sur le nombre de femelles fertiles. Leur poids étant inférieur à celui des mâles, elles subissent en effet une plus forte mortalité ce qui diminue d'autant la capacité de reproduction de la population. En période de pénurie alimentaire, on constate donc aussi un déséquilibre entre les sexes.

C'est tout bon !

Le régime alimentaire de la martre varie suivant les saisons. Les petits mammifères forment l'essentiel de sa nourriture. Il s’agit pour plus de 80% de petits rongeurs, essentiellement des campagnols roussâtres, des campagnols agrestes, des mulots et des musaraignes. La martre en consomme surtout en hiver et au printemps, mais la proportion de rongeurs dans son alimentation dépend surtout de leur densité de population. D'autres petits mammifères sont consommés en quantité plus modeste : à l'occasion, elle ne dédaigne pas des écureuils, des lapins, voire des chauves-souris. La martre n'hésite pas à se nourrir de charognes de grands mammifères (chevreuil, renard) et joue de ce fait un rôle sanitaire en forêt.
Les oiseaux (pigeons ramiers, passereaux...) et leurs œufs constituent une nourriture qui peut être importante au printemps, d'autant plus importante que les rongeurs forestiers sont rares. De par son habitat strictement forestier, la martre ne commet bien sûr aucun dégât aux élevages domestiques.
Quant aux fruits, ils sont souvent consommés par la martre en été et en automne et peuvent alors représenter plus de 70 % de son régime alimentaire.
En conclusion, la martre est avant tout une opportuniste qui s'adapte à l'abondance de ses proies. Ainsi, elle peut aussi se nourrir d'insectes (coléoptères, hyménoptères...) de mollusques, de vers de terre ou de batraciens.

Démographie faible

Les martres ne sont matures qu'à l'âge de deux ans, n'ont qu'une portée par an et une fécondité modeste (3 à 5 en moyenne). L’ensemble de ces facteurs, et ce malgré une grande durée de vie, augmente la sensibilité des populations aux prélèvements excessifs.
Selon une étude réalisée en Ecosse, la longévité moyenne serait de 3 à 4 ans et le maximum de 11 ans. Les causes de mortalité sont diverses : chasse, piégeage, empoisonnement, trafic routier, prédation. La martre est en outre très sensible au dérangement.

Pour quelques poils de martre


La martre joue un rôle essentiel dans les écosystèmes forestiers : les études consacrées à son régime alimentaire démontrent de façon évidente qu'elle a un impact sur les populations de rongeurs. Lorsqu’ils sont en nombres importants, les rongeurs peuvent occasionner d’importants dégâts aux plantations (écorçage et cisaillement des bourgeons) et donc compromettre la régénération forestière. Comme les autres mustélidés, la martre complète donc utilement l’action des rapaces qui limitent le nombre de petits rongeurs et empêchent leurs pullulations.
Les campagnes d’empoisonnement, la chasse pour sa fourrure ou sa naturalisation et la dégradation de son habitat par une gestion et une exploitation forestières inappropriées sont les principaux facteurs de régression de la martre. Sensible à de telles activités, l'espèce a déjà disparu de plusieurs régions. Par ailleurs, la fragmentation des habitats, les dérangements répétés dus au développement du tourisme, des aires de repos et des villages de vacances en forêt l'affectent aussi.

Pourquoi protéger la martre ?

1. La martre est rare, en tout cas peu abondante, dans son milieu forestier ce qui justifie sa protection

2. La martre effectue une prédation essentielle sur le campagnol roussâtre, vecteur de la FHSR
La martre est un carnivore exclusivement lié aux grands massifs forestiers. La densité de ses populations est faible et son impact sur le petit gibier est insignifiant.
La prédation naturelle qu’effectue la martre sur les rongeurs forestiers, en particulier sur le campagnol roussâtre, est essentielle pour réguler leurs populations dont la prolifération périodique provoque des dégâts aux jeunes plantations forestières. Par ailleurs, sa proie favorite, le campagnol roussâtre, apparaît aussi comme étant le vecteur de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal [FHSR]. Cette maladie (hantavirose) est provoquée par un virus proche du virus d'Ebola qui peut se transmettre aux usagers de la forêt (travailleurs forestiers...). En limitant les populations de campagnols roussâtres, la martre diminue donc les risques sanitaires de cette maladie.

3. La martre, ami du forestier
Par ailleurs, avec l’autour - rapace rare en bien des endroits - la martre est pratiquement le seul prédateur à pouvoir contrôler les populations d’écureuils qui, lorsqu’elles dépassent localement un certain seuil, peuvent occasionner quelques dégâts aux forêts (écorçage des cimes...).

4. La Martre ne s'attaque pas aux élevages domestiques

La martre est liée au milieu forestier, ne s’approchant qu'exceptionnellement des maisons. Les cas de prédation de la martre dans des élevages domestiques (pigeonniers, poulaillers, clapiers) sont rarissimes et controversés.

Pour en savoir plus :

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