Le putois
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Ne dit-on pas "Crier comme un putois" ? Ce qui est sûr, c'est qu'il a de bonnes raisons de vociférer, lui qui se voit accuser de bien des maux dont il n'est en rien responsable. Puant, peut-être... mais meurtrier, non ! Le putois n'a pas encore poussé son dernier cri...

Gueule noire

Figure 7. Aire de répartition européenne du putois
L’aire de répartition du putois couvre presque toute l’Europe, exception faite des îles méditerranéennes, de la péninsule balka-nique et de l’Irlande. En Grande-Bretagne, on ne le retrouve que dans le sud (Pays de Galles). En Wallonie, le putois est largement répandu dans toute la Wal-lonie, mise à part la Haute Ardenne.
On le croirait sorti d'un charbonnage. Presque noirs comme de la suie, le ventre et les membres du putois contrastent nettement avec ses flancs clairs et jaunâtres. Sa queue est courte, noire également et bien fournie. La tête, le menton, les côtés du museau, le dessus des yeux, le bord des oreilles forment un “ masque ” caractéristique de couleur blanche, tirant parfois sur le jaune. Exceptionnellement, certains sujets sont entièrement sombres.
Ses mensurations :
  • longueur : jusqu’à 60 cm avec la queue (13 à 19 cm de queue);
  • poids : jusqu’à 2 kg pour les mâles (moyenne : 1 kg à 1,5 kg).
  • taille : à mi-chemin entre les petits mustélidés aptes à entrer dans les trous de rongeurs et de taupes (belette, hermine) et les grands mustélidés (fouine, martre, blaireau).

Le putois aime l’eau

En Wallonie, le putois occupe une large gamme de biotopes dans les régions bocagères (Condroz, Pays de Herve...) ou de plaines (Hesbaye). Il affectionne tout particulièrement le voisinage de l’eau (roselières, prés à Carex...) mais se tient volontiers à proximité des maisons, particulièrement en hiver lorsqu'il visite les entrepôts, les granges, les meules, les tas de bois à le recherche de rongeurs qui s’y abritent pendant la mauvaise saison.
Le putois occupe des gîtes variés : divers terriers (blaireau, renard...), des souches creuses, des tas de fagots....

Deratisator

En règle générale, les mammifères constituent les proies principales de ce prédateur. De 42 à 99% du régime alimentaire est constitué de rongeurs (campagnols, souris...) avec notamment beaucoup de rats surmulots. En effet, l’agressivité remarquable du putois lui permet de s’attaquer très facilement au surmulot qui est une proie dangereuse et donc évitée par d'autres prédateurs comme le chat sauvage ou domestique. Ainsi, dans une région de France, une femelle de putois étudiée pendant 34 jours, exploitait activement une importante population de surmulots, dans une zone d'un quart d'hectare aux abords d’un bâtiment agricole infesté par les rongeurs ; elle ne l’a quittée qu’à la suite d’une intense campagne de dératisation. Les suivis par radiopistage ont montré par ailleurs que le putois chassait les rats dans leurs trous. Les rats musqués ne le sont qu’accidentellement. Les oiseaux (0 à 27%), les amphibiens (0 à 31%) et les lagomorphes (0 à 29%) apparaissent assez régulièrement mais de façon saisonnière tandis que les musaraignes (0 à 6%) et les poissons (0 à 11%) ne constituent que des proies occasionnelles.

Macro micro ennemis

Les grands prédateurs naturels (loups, lynx...) ont disparu de nos régions. Seuls des espèces comme le renard et le chat sauvage peuvent exercer une prédation sur les jeunes putois. Mais c'est sans compter les "micro-ennemis" qui ont un impact non négligeable. Ainsi le Putois subit-il, plus encore que d’autres mustélidés, les attaques d’un parasite des fosses nasales : le Troglotrema acutum, petit ver vivant entre les deux tables osseuses du front et qui provoque des suppurations ou des perforations du crâne jusqu'à entraîner la mort.

L’homme ennemi du Putois

Etant donné l’extrême discrétion du Putois, il est rare qu'il se fasse tuer au fusil. Par contre, le piège, lui, est une arme terriblement meurtrière. De nature peu méfiante, le putois est en effet victime de l’irrésistible manie qui le pousse à explorer tout orifice qu’il rencontre. Lorsqu'il s'agit d'une chatière ou d'un autre piège, cette curiosité lui est fatale...
En moyenne, les densités de Putois avoisinent 0.4 individus/km².
L’espérance de vie des mâles à la naissance ne dépasserait pas 8 mois et leur longévité maximale serait de l’ordre de 4 à 5 ans. Toutefois, leur longévité potentielle est supérieure à 10 ans.

  1. Un déclin généralisé des populations de Putois en Europe

    De nombreux chercheurs ont exprimé leur inquiétude face au déclin du putois qui a été observé dans plusieurs pays européens (France, Danemark, Suisse, Allemagne). Aucune donnée récente sur son statut n'est disponible en Belgique. Cette espèce semblait toutefois encore en bonne santé au début des années quatre-vingt. Néanmoins étant donné la tendance générale observée dans les pays limitrophes, il y a peu de chances pour que les populations wallonnes soient épargnées par ce déclin. Il est donc impératif de mieux connaître la situation du Putois dans nos régions et d'étudier les causes potentielles d'un taux de mortalité qui semble très élevé et en augmentation. Parmi celles-ci, citons l’impact du piégeage, de la circulation automobile ou d’autres causes plus insidieuses comme les concentrations importantes en pesticides organochlorés ou en PCB déjà observées chez plusieurs espèces de rongeurs (Apodemus, Microtus,...), dont se nourrit le Putois.

  2. Une légende parmi d’autres : celle du Putois qui pue...
    La réputation de “ puant ” agressif et braillard (pousser des cris de Putois) a une origine bien précise : les piégeurs ne connaissent de lui que le petit fauve, fou de douleur et de terreur, trouvé, le matin, dans les mâchoires de leur piège.
    Et en effet, lorsque l’animal est pris au piège, ses glandes anales distillent en abondance, sous l’effet de la peur, une sécrétion puissante, âcre et passablement nauséabonde.
    Mais quand il n’est pas inquiété, c’est-à-dire le plus clair de son temps, le Putois est un animal furtif, discret, silencieux et relativement inodore.

  3. Les petits élevages de conception rationnelle sont totalement à l’abri du Putois
    Le Putois pénètre occasionnellement dans les petits élevages de type familial (poulaillers, clapiers, ...). Pourtant, l’argument des dégâts commis dans les clapiers et poulaillers par le Putois ne peut être sérieusement retenu :
    • de l’avis même des gardes, ces attaques sont statistiquement très rares, si l’on tient compte du très grand nombre de petits élevages familiaux qui existent en milieu rural. Tous carnivores confondus (Fouine, Putois mais aussi chien et chats domestiques) on peut compter, environ, une attaque par an et par village, ce qui finalement est très peu ;
    • ces attaques ne concernent, dans l’immense majorité des cas, que des clapiers ou des poulaillers particulièrement vétustes, mal verrouillés ou mal entretenus. Si un grillage est troué, si les planches sont disjointes et les portes dans un état lamentable, il ne faut pas s’étonner qu’un jour ou l’autre une bête sauvage profite de l’occasion qu’on lui offre aussi imprudemment ;
    • bien plus souvent, c'est par les rats surmulots qu'il est attiré [voir 4].

    Par contre, un élevage de conception rationnelle ou correctement entretenu se trouve automatiquement à l’abri du Putois, comme de la Fouine ou d'autres carnivores.

  4. Le putois est un prédateur de surmulots, nuisibles aux petits élevages

    Le rat surmulot adulte est un animal redoutable, défendant chèrement sa peau et devant lequel reculent un bon nombre de carnivores. Le Putois fait partie des quelques rares carnivores qui ne craignent pas d'attaquer ce rat. En visitant, la nuit, les abords des villages et ses décharges publiques, il opère ainsi un travail de “ dératisation ” modulée et intelligente qui est loin d’être négligeable.

Pour en savoir plus :

ARTOIS M., BLANCOU J. et GERARD Y., 1982. Parasitisme du Putois (Mustela putorius) par Troglotrema acutum. Rev. Med. Vet., 133 (12). 771-777.
DANILOV P. I. et RUSAKOV O. S., 1969. The Ecology of the polecat (Mustela putorius) in North-Western European Russia. Zool. Zh., 48 (9). 1385-1395.
ROGER M., DELATTRE P. et HERRENSHMIDT V., 1988. Le Putois. Encyclopédie des Carnivores de France. Eds de la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères. 73 pp.
HAINARD R., 1965. Mammifères sauvages d’Europe, Vol.1 (Insectivores, chiroptères, carnivores. Eds Delachaux et Niestlé.
HEPTNER V. G. et NAUMOV N.P., 1974. Die Säugetiere der Sowjetunion. 17. Untergattung Mustela. 628-720, Gustav E.B., Fisher Verlag, Jean, 1006 pp.
JENSEN A. et JENSEN B., 1972. The polecat (Mustela putorius) in Denmark, 1969-1970. Dansk Vildt Unders, 18, 32pp.
JOIRIS C., LAUWEEYS M. et VERCRUYSE A., 1973. Contenu en résidus organochlorés du moineau domestique (Passer domesticus) et de micromammifères prélevés en Belgique. Aves, 10. 171-181.
KALELA O., 1948. Changes in the distribution of the polecat in Finland. Suomen Riista, 2. 77-96.
KEMPF C. et BAUMGART G., 1980. Mammifères d’Alsace. Collecte ou patrimoine naturel. Les guides Gesta Eds., Strasbourg-Paris, 336pp.
KING C. M., 1980. Studies of the control of stoats (Mustela erminea) in new Zealand forest. World. Furb. Conf. Maryland, 443-469.
LIBOIS R.M., 1984. Le Putois (Mustela putorius). In “ Atlas des mammifères sauvages de Wallonie ”. Le genre Mustela en Belgique. Cahiers Ethol. Appl., 4 (4). 279-314.
MERMOD C., DEBROT S., MARCHESI P. et WEBER J. M., 1983. Le putois (Mustela putorius) en Suisse Romande. Revue Suisse Zool., 90 (4). 847-856.
SHILLING D., SINGER D. et DILLER H., 1986. Guide des mammifères d’Europe. Eds Delachaux et Niestlé. 280


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