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Maître
renard, à l'odeur alléchée, visiterait-il quelque
poulaillers ? Possible... Mais c'est oublier qu'il est aussi l'un
des principaux régulateurs des pullulations de rongeurs dans
les campagnes...
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Figure
8. Aire de répartition européenne du renard roux
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Le
renard roux est l'un des carnivores sauvages qui possède
l'une des plus vastes aires de répartition. Actuellement,
il est présent sur presque l'ensemble du continent Eurasien,
à l'exception de quelques îles, du sud de l'Inde et de la
pénin-sule indochinoise. Son expansion géographique a d'ailleurs
été favorisée par l'homme. Il vit également en Amérique
du Nord, en Afrique du Nord et dans la vallée du Nil et
il a été introduit en Australie. En Wallonie, le renard
est présent partout et en densité va-riable selon les régions
naturelles
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D
ans l’esprit
du public, le renard passe pour un invétéré
mangeur de poules et de lièvres. Or, la réalité
est totalement différente. S’il fallait traduire
cette d’image d’Epinal, c’est d’un fantastique
mangeur de rates et de souris qu’il faudrait parler !
Les rongeurs forment, en effet, l'essentiel de sa nourriture;
De nombreux agriculteurs le savent pour l'avoir vu chasser, tôt
le matin, non loin de leur tracteur, dans les prairies fraîchement
fauchées. Record parmi les records : on a dénombré
48 campagnols des champs dans l’estomac d’un seul
individu. C'est dire !
Le renard présente
une remarquable faculté d'adaptation qui se manifeste à
travers le choix de son habitat, son régime alimentaire
et son organisation sociale.
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Par monts
et par vaux
Le renard
occupe les habitats les plus divers: côtes, régions boisées,
landes, montagnes, déserts... Dans nos régions, il marque
une préférence pour les milieux semi-ouverts (régions
de bocage, lisières, taillis...). Les terriers de reproduction
sont généralement situés dans un talus, un bosquet,
un taillis, une haie ou en lisière d'un bois. Ils peuvent également
être implantés à découvert, par exemple dans
une prairie.
Traditionnellement considéré
comme rural, le renard est aussi devenu, en l'espace de quelques décennies,
un hôte de plus en plus familier des villes et surtout de leurs
banlieues. Il a conquis un bon nombre de grandes cités européennes
: Londres, Paris, Amsterdam, Bruxelles, Oslo, Copenhague, Madrid, Budapest...

Cette colonisation des
villes est assez récente et a coïncidé avec le développement
d'un tissu suburbain lâche, constitué principalement de quartiers
résidentiels. Relativement peu denses en habitations, ces quartiers
offrent au renard une nourriture abondante, souvent d'origine anthropique,
et un couvert végétal suffisant.
À proximité
des habitations humaines, il implante ses terriers dans des endroits pour
le moins inattendus : sous des tas de bois, dans des canalisations
désaffectées, des terrains vagues, des talus d'autoroute
et de chemins de fer, des sablières...
Omnivore
et opportuniste !
Le renard
est un généraliste opportuniste. Son régime alimentaire
est diversifié, constitué aussi bien de proies vivantes,
de végétaux, que de déchets ménagers et de
charognes. La composition de ce régime varie selon le type d'habitat,
la période de l'année et également, au cours de l'existence
du renard, en fonction de son âge, de ses habitudes de chasse, de
ses besoins nutritionnels et de ceux de sa portée.
Le renard est avant tout
un important prédateur de rongeurs et particulièrement de
campagnols des champs. Il en mange entre 6000 et 10 000 par an !
C'est dire son utilité. Durant la bonne saison, les invertébrés
(lombrics, coléoptères...) et les végétaux
(baies, fruits...) représentent également une part importante
de son régime en fonction des disponibilités du moment.
Ce régime est complété de cadavres d'animaux, notamment
les accidentés de la route (chats, hérissons, oiseaux...)
qu'il glane ici et là.
Des modifications apportées
par l'homme au milieu ont été également favorables
à l'installation du renard, tant en ville qu'à la campagne :
- le "retour au vert" s'est
par exemple traduit par un regain d'intérêt pour les
petits élevages (poulaillers, oiseaux d'ornement, etc.) qui,
faute d'une protection efficace (grillage...) constituent de plantureux
garde-manger ;
- des quantités
de plus en plus importantes de déchets ménagers sont
mises à la disposition des animaux sauvages, que ce soit volontairement
(nourrissage des animaux dans les parcs...) ou non. Opportuniste,
le renard "fait les poubelles", individuelles ou publiques, et visite
les dépotoirs ;
- la diminution du petit
gibier dans les plaines et les cultures intensives a engendré
le lâcher d'animaux d'élevage (faisan, perdrix...). Peu
adaptés à la vie sauvage, ces animaux représentent
des proies faciles pour le renard. Dans ce cas, la loi du moindre
effort est pleinement appliquée par le renard.
Démographie
et dynamique de population
Selon la
capacité d'accueil du milieu le renard peut vivre seul, en couple
ou en petits groupes, ce statut pouvant évoluer au cours du temps
et de sa vie.
Dans
les milieux pauvres en ressources alimentaires, les renards sont généralement
solitaires, à l'exception de la période de rut, durant laquelle
les contacts entre individus sont fréquents. Dans les milieux plus
favorables, ils vivent en couple toute l'année durant. Enfin, lorsque
les ressources alimentaires sont abondantes (pullulation de rongeurs),
ils adoptent un mode de vie communautaire et forment des groupes sociaux
hiérarchisés. Chaque groupe est constitué d'un mâle,
d'une femelle dominante reproductrice et de plusieurs individus de rang
subalterne. Ces renards dominés sont le plus souvent des femelles
non reproductrices qui participent au ravitaillement et à l'élevage
des renardeaux. Dans ces conditions d'abondance alimentaire, il arrive
que plusieurs femelles d'un même groupe social - une mère
et sa fille, par exemple - puissent se reproduire.
Les populations de renards
se composent de deux catégories d'individus : les résidants
territoriaux (solitaires ou en groupes, dominants et dominés) qui
occupent un domaine vital ou territoire qu'ils marquent et défendent,
et les itinérants non définitivement fixés mais prêts
à occuper une place dans un territoire dès qu'elle se libère.
L'étendue du domaine
vital est inversement proportionnelle à la quantité de nourriture
disponible : plus les conditions sont favorables, plus la superficie
du territoire est restreinte.
Vers la fin de l'été,
les jeunes renards quittent le territoire parental et se dispersent en
quête d'un nouveau territoire ou d'une place vacante dans un groupe
social. Les mâles entament des déplacements généralement
plus importants que les femelles, entre 5 et 25 km, rarement au-delà
de 30 km. Des femelles peuvent rester dans le territoire parental et occupent
alors une position subalterne dans la hiérarchie du groupe social.
Causes de
mortalité
De nos jours,
la circulation routière constitue probablement la plus importante
cause de mortalité de l'espèce. Les principales victimes
sont les renards juvéniles et les jeunes adultes en dispersion.
Ces derniers sont encore inexpérimentés lorsque, quittant
le territoire parental, ils doivent parcourir un réseau dense d'axes
routiers.
Le nombre croissant de
chiens, notamment en zone suburbaine, représente un autre facteur
important de limitation de la population vulpine. La présence de
chiens est surtout néfaste durant la période de reproduction
et peut agir de deux façons : soit directement, par la prédation
exercée sur les renardeaux, soit indirectement, par l'occupation
de certains milieux ou par la concurrence de ressources alimentaires identiques.
La destruction volontaire
de renards par l'homme (chasse, piégeage) et dans certaines régions,
la rage et la gale sarcoptique, constituent les autres principales causes
de mortalité. Localement, les hivers rigoureux peuvent faire périr
des individus par affaiblissement et malnutrition.
Vivre avec
le renard
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Sachons
vivre avec le renard !
Reprenons
point par point quelques éléments importants :
- Le renard
est un précieux auxiliaire de l'agriculteur. Il est le champion
toute catégorie pour capturer les petits rongeurs : campagnols,
mulots…
- Il a survécu
aux pires actes d’extermination. A l'époque où la rage sévissait,
c'est par milliers qu'ils étaient abattus chaque année en Wallonie.
Pour quel résultat ? Aujourd'hui encore, malgré la chasse, les
moyens de destruction, la circulation routière… qui éliminent
bon an mal an 1 renard sur deux, le renard est toujours bien
présent !
- Tenter
d’éliminer une population de renards sur un territoire donné
serait un travail de tous les jours, à perpétuité : la mort
d'un individu territorial attire d'autres individus, périphériques
ou erratiques, qui occupent le vide et en définitive, la densité
initiale a tendance à se reconstituer. Inéluctablement.
En
conclusion : à quoi bon s'efforcer de l'exterminer, sachons tout
simplement vivre avec lui !
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L’augmentation des effectifs
du renards constatée ces dernières années est intimement
liée aux activités humaines : modifications du paysage et
des pratiques rurales. Cette explosion démographique est
apparue aussi bien dans
des régions où sévissaient la rage que dans d'autres
où elle n'était pas présente (Flandre, Hollande,
Grande-Bretagne...). De plus, en Belgique, les renards étaient
moins répandus avant l'apparition de l'épidémie de
rage (début des années '60) que lorsque cette dernière
atteignait son pic maximal d'incidence (années '80) et que la lutte
contre le renard était maximale !
Il
est établi que c'est la quantité de nourriture disponible
dans le milieu qui détermine le niveau des populations de renards.
La seule façon réaliste de stabiliser ses effectifs, c’est
donc de limiter les ressources alimentaires accessibles à cet omnivore
opportuniste :
Interdire le
lâcher de petit gibier (faisans, perdrix...) provenant d’élevages,
étant donné leur “ naïveté ”
et leur vulnérabilité par rapport aux prédateurs;
Encourager
les propriétaires de petits poulaillers à grillager efficacement
leur élevage (ce qui est rarement le cas, vu le nombre de plaintes);
- Privilégier l'utilisation
de poubelles rigides à la place des sacs poubelles;
- Encourager les agriculteurs
et les chasseurs à maintenir et restaurer, dans les plaines,
des habitats favorables au petit gibier (bandes herbeuses, jachères,
haies,...);
- obliger les agriculteurs
à enterrer les arrières-faix de leur bétail après
les mises-bas;
- obliger les chasseurs
à enterrer les viscères du gibier et les animaux non
consommables abattus.
- Le régime alimentaire
du renard : 6000 rongeurs au minimum par an
Bien que le renard
soit un opportuniste et que son régime fluctue en fonctions
des saisons et selon les régions, il semble bien que la ration
annuelle d’un renard adulte atteigne 6000 à 10 000
rongeurs. Ce chiffre record le place évidemment parmi les plus
efficaces dératisateurs ou "rodenticides naturels".
- Le renard et les grosses
proies
La mauvaise réputation
du renard se fonde, pour l’essentiel, sur l’observation
de restes de proies (poules, faisans, canards, lièvres, lapins,
voire même faons de chevreuils) qui jonchent parfois les abords
de son terrier, durant la période où il élève
ses jeunes. Et, en effet, il n’est pas douteux que le renard
puisse à l'occasion s’attaquer à de grosses proies
qui lui offrent un maximum de ravitaillement en échange d’un
minimum d’efforts.
Ce fait étant
admis, trois corrections importantes s’imposent :
- certaines de ces proies
sont en réalité des charognes ou des animaux accidentés
qu'il prélève ça et là dans la campagne
ou le long des routes ;
- des poules courant en
liberté ou parquées dans des enclos inadaptés
sont une tentation pour le renard. Elles représentent des
proies faciles surtout vers le mi-mai, à une époque
où la renarde doit ravitailler ses grands jeunes qui sont
au maximum de leurs exigences énergétiques. Elle prend
pour cela tous les risques, y compris celui de s’approcher
des maisons en pleine journée. Des solutions techniques simples
et efficaces existent toutefois pour se prémunir des attaques
du renard ;
- dans un environnement
sain, un faisan, un lièvre, ou tout autre gibier sauvage
et en bonne santé est tout à fait capable de se soustraire
à la dent du renard. Ce n'est évidemment pas le cas
des animaux d'élevages, naïfs et inexpérimentés,
qui sont relâchés sur les chasses ! La prédation
du renard sur ces derniers a aussi une fonction sanitaire essentielle
en éliminant les individus les plus faibles.
- Le renard n’est
pas en surnombre !
Y a-t-il trop de
renards ? La réponse est formelle : non ! Tout
simplement car un prédateur, par définition, ne peut
jamais être en surnombre ! Toutes les études scientifiques
l'attestent : la densité de population d'un prédateur
(renard ou autre) est fonction avant tout de la disponibilité
du milieu en proies. Si elles sont abondantes (pullulations de rongeurs...),
les nichées de renards seront fournies. Si par contre, la nourriture
vient à manquer, les populations de renards diminuent (mortalité
importante) par des mécanismes de dispersion et de concurrence
territoriale.
- Le renard n’a
jamais été “ régulé ”
par les superprédateurs aujourd’hui disparus
Toutes les observations
et études scientifiques portant sur les "superprédateurs"
(ours, loup, lynx...) démontrent qu'aucun d'entre eux n'est
capable d'infléchir les populations de renards, même
s'ils capturent à l'occasion l'un ou l'autre renardeau ou adulte.
Il est donc totalement faux d’affirmer que l’homme devrait
prendre la place des superprédateurs aujourd’hui disparus
de nos régions ! Qui plus est, l’homme, ce “ superprédateur ”,
se révèle lui aussi totalement inefficace dans la lutte
contre le renard. Alors que des centaines de milliers de renards étaient
annuellement massacrés en Europe, au plus fort de l'épidémie
de rage, jamais les populations ne se sont si bien maintenues, et
en grand nombre ! On peut donc légitimement se poser la
question de l'utilité de la destruction du renard...
Pour en savoir
plus :
AFIADEMANYO, K.M., LIBOIS, R.M.,
BROCHIER, B., COPPENS, P. & PASTORET, P.-P. - 1993 - Structure
des populations de renard roux, Vulpes vulpes, dans le sud de la Belgique
en relation avec l'enzootie rabique et les campagnes de vaccination
orale. - Cahiers Ethol. appl. - 13(3) : 281-294
ARTOIS, M. - 1989 - Le renard roux
(Vulpes vulpes Linnaeus, 1758) - Encyclopédie des carnivores
de France. - Société Française pour l'Etude et
la Protection des Mammifères
ARTOIS, M. & STAHL, P. - 1989
- Prédation des rongeurs par le renard roux (Vulpes vulpes)
en Lorraine. - Gibier Faune Sauvage - 6 : 279-294 –
BROCHIER, B. - 1995 - Mieux connaître
le renard. - - MRW - DGRNE - -
BROCHIER, B., AUBERT, M.F.A., PASTORET,
P.-P., MASSON, E., SCHON, J., LOMBARD, M., CHAPPUIS, G., LANGUET,
B. & DESMETTRE, P. - 1996 - Field use of a vaccinia-rabies recombinant
vaccine for the control of sylvatic rabies in Europe and North America.
- Rev. sci. tech. Off. int. Epiz. - 15(3) : 947-970
BROCHIER, B., Bauduin, B., CHALON,
P. & PASTORET, P.-P. - 1999 - ESTIMATION de l'abondance du renard
roux (Vulpes vulpes, L.) en Ardenne belge par relevé
des mortalités, comptage nocturne et recensement des terriers
de mise-bas. - Cahiers Ethol. appl. - 19(1) : 1-18
BROCHIER, B., DECHAMPS, F., COSTY,
F., De Mulder, D., CHALON, P., HALLET, L., PEHARPRE, D., SAEGERMAN,
C., MOSSELMANS, F., BEIER, R., LECOMTE, L., MULLIER, P., ROLAND, H.,
LAMBOT, M., BAUDUIN, B., RENDERS, C. & PASTORET, P.-P. - 1999
– Epidémiosurveillance de la rage animale en Belgique :
un seul cas détecté en 1998. – Ann. Méd.
Vét., 143 : 273-280.
CHALON, P. X., BROCHIER, B., BAUDUIN,
B., MOSSELMANS, F., PASTORET, P.-P. - 1998 - Structure d'âge
et sexe ratio d'une population de renards roux (Vulpes vulpes)
en Belgique. - Cahiers Ethol. appl. - 18(1) : 17-38
HAINARD, R. - Mammifères
sauvages d'Europe. - Delachaux & Niestlé -
HARRIS, S. & RAYNER, J.M.V.
- 1986 - Urban fox (Vulpes vulpes) population estimates and
habitat requirements in several birtish cities. - J. Anim. Ecol. -
55 : 575-591
IOKEM, A. - 1985 - Eco-éthologie
du renard roux (Vulpes vulpes L.) en Lorraine belge. - Ann. Méd.
Vét. - 129 : 309-318
MACDONALD, D.W. - 1980 - The red
fox, Vulpes vulpes, as a predator upon Earthworms, Lumbricus
terrestris. - Z. Tierpsychol. - 52 : 171-
PASTORET, P.P. et coll. - 1998
- Evolution de la rage vulpine en Belgique et dans l'Union européenne.
- Bull. & Mém. Acad. r. Méd. Belg. - 153(1) :
93-99
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