L'Homme, la poule et le renard

Les populations de renards se portent relativement bien dans nos régions, ce pour quoi les chasseurs usent de tous les arguments possibles - parfois même des plus abracadabrants - afin de limiter autant que faire se peut ce prédateur naturel efficace. Ils évoquent un jour la menace de la rage et autre épizootie, le lendemain l'appétit vorace du renard pour les poules et autres volatiles d'élevage... Mais il n'est pas nécessaire de détruire des renards ou autres prédateurs naturels pour protéger son poulailler ! Il existe des alternatives simples et efficaces.
Nous savons pertinemment bien que le problème de la rage a été résolu dans l'est de la Belgique (le problème ne se posant pas à l'ouest du sillon Sambre & Meuse), et ce particulièrement grâce à la dispersion (notamment par hélicoptère) de très nombreux vaccins placés dans des appâts carnés. La rage fait donc partie du passé et l'argument des chasseurs rejoint les nombreuses fadaises et histoires légendaires qu'ils ont pour usage de propager.
Tout comme les autres animaux sauvages, le renard roux (Vulpes vulpes) est hôte d'un certain nombre d'organismes pathogènes (virus, bactéries et vers). L'un de ces organismes est le Ténia (Echinococcus multilocularis) que le Renard contracte en ingérant des micro-mammifères contaminés. Ce parasite se fixe dans le tube digestif du renard, y devient adulte et s'y reproduit. Les œufs produits par ces petits vers se retrouvent dans la nature via les excréments du renard.
Le danger apparaît lorsque l'homme, d'une manière ou d'une autre, ingère ces œufs. Ils peuvent alors se développer dans le foie ou dans un autre organe, altérant le bon fonctionnement de cet organe. Toute personne étant régulièrement en contact avec des renards (vivants ou morts) ou ses excréments court le risque d'être contaminée. Les plus exposés sont... les chasseurs. Les risques de contamination pour les promeneurs et les naturalistes sont par contre minimes.
Et qu'en est-il maintenant de la réputation de Maître renard qui fait de lui un tueur sanguinaire de volaille? L'inquiétude des éleveurs et autres propriétaires de poulets peut être relativisée. Un renard, comme tout autre prédateur naturel, tentera de se procurer de la nourriture de la manière la plus simple possible. Il dépensera énormément d'énergie à tenter de capturer un lapin plein de vitalité, une perdrix agile ou un colvert en excellente santé. Pourquoi donc se compliquer la vie ?

Basse-cour 'anti-renards'

Pour protéger son élevage, il ne faut pas nécessairement nuire au renard. Nous proposons ci-dessous une alternative pour les propriétaires de poulets ou autre volaille. Le fait que le renard aie plus ou moins de succès lors d'une attaque de basse-cour est uniquement lié à l'accessibilité du poulailler. Le placement d'une clôture efficace - qui ne doit pas nécessairement être d'une grande hauteur - peut résoudre globalement le problème.
Le service 'Espaces Verts' de l'Institut Bruxellois de Gestion de l'Environnement (IBGE) a réalisé un test sur un prototype de poulailler. Durant une période de deux ans, quelques poulets furent détenus dans le domaine de l'Institut horticole de l'IBGE, à la frontière de la commune d'Auderghem et du Parc de Woluwé, où est enregistrée la plus forte densité de renards en Région bruxelloise.
Des collaborateurs de l'IBGE contrôlèrent journellement les mouvements des renards aux alentours du poulailler expérimental : aucune tentative de pénétration n'eut lieu. Le projet fut donc considéré comme une grande réussite. La LRBPO a donc décidé de présenter cette expérience prometteuse à ses lecteurs. Avec un peu d'imagination et de logique, l'homme peut faire des miracles! Encore faut-il en avoir la volonté...

Description du poulailler expérimental ( cf. schéma )

  • Les dimensions de la clôture n'ont aucune importance, le nombre de poulets que l'on y détient variant selon la largeur et la profondeur ;
  • Sa hauteur doit atteindre au minimum 130 cm ;
  • Installez la clôture du côté extérieur par rapport aux piquets de soutien afin que d'autres prédateurs naturels (mustélidés, par exemple) ne puissent pénétrer à l'intérieur du poulailler en grimpant sur ces piquets. Pliez la partie supérieure du grillage vers l'extérieur en formant un angle d'environ 30° ( photo 1 ) ;
  • La maille du grillage ne doit pas dépasser 3 à 4 cm afin d'empêcher les petits Mustélidés (hermine, belette) d'y pénétrer ;
  • Placez autour du poulailler - juste contre la clôture - une rangée de dalles de 40 cm de largeur afin que le renard ne puisse creuser un tunnel d'accès. Les Renards sont futés, mais ils n'ont pas le réflexe de commencer à creuser un peu avant ces dalles ( photo 2 ) ;
    - Placez le dortoir et la mangeoire de votre volaille à quelque 30 cm de hauteur afin de diminuer les possibilités d'accès aux rats et souris, ceux-ci pouvant attirer les prédateurs.
Vous n'aurez qu'à vous féliciter de la sécurité offerte par votre installation garantie contre toute intrusion potentielle d'un Goupil désappointé!

D'après un article de Jan Rodts
Extrait de revue l'Homme et l'Oiseau, 39ème année, juillet-août-septembre 2001 - n°3.
Ligue royale belge pour la Protection des oiseaux