Où voir les oiseaux en Gaume ?

Photo Rudi Dujardin - AVES
Appelée aussi la Provence belge, la Gaume, située à l’extrême sud du pays a gardé son bel aspect « nature » qui attire beaucoup d’ornithologues en période de nidification. En effet, c’est au printemps et en été que l’on peut trouver des espèces typiquement régionales. Lorsqu’on entend « Gaume », on pense souvent Gélinotte des bois, pies-grièches, Grimpereau des bois, Pic cendré, Cigogne noire… Mais où les trouver ?
Essayons ici de faire le tour des principaux sites gaumais afin de découvrir ces espèces.
 

Grands massifs forestiers

Parlons avant tout des grands massifs forestiers qui s’étendent sur une grosse partie de la région. En gros, toutes les espèces de pics sont possibles sur ces massifs.
Situé sur la route Etalle-Virton, la « Croix-Rouge » est un bon endroit pour observer les oiseaux forestiers. Tout autour de ce point, des forêts de chênes, de hêtres et de bouleaux mélangés présentent un intérêt particulier pour la Gélinotte des bois et le Pic mar. Au départ de ce point, prendre la direction de Sainte-Marie-sur-Semois : en traversant le massif, il est possible d’emprunter un bon nombre de chemins où le soir venu, animaux et bécasses en croûle peuvent être surpris. Le Grimpereau des bois y est presque commun. Les forêts de Bellefontaine et de Poncelle sont également à visiter pour ces espèces.
Plus au sud (Bajocienne), les régions de Gomery à Torgny sont susceptibles d’abriter l’un ou l’autre Pic cendré. Les recherches en forêt peuvent être agréables mais demandent un peu de patience ! Le Gobemouche noir y est également présent mais discret.

Zones aquatiques

Non loin de là, se trouve l’étang de Latour (route de Virton à Athus, à environ 5 kilomètres de Saint-Mard). Ce site est malheureusement le seul endroit où l’on peut observer les oiseaux d’eau. Canards, limicoles et hérons y sont réguliers, les laridés plutôt occasionnnels. C’est sans aucun doute le meilleur endroit pour croiser l’une ou l’autre rareté ! Ont déjà été observés sur ce site : Grande Aigrette et Aigrette garzette, Héron bihoreau, Erismature à tête blanche, Fuligule à bec cerclé, Tournepierre à collier, barges rousse et à queue noire, Courlis corlieu, Echasse blanche, Bécasseau de Temminck, Bécasseau sanderling, Grand Labbe, cigognes blanche et noire, cygnes sauvage, Bewick, Eider à duvet, Pygargue à queue blanche, Faucon kobez et bien d'autres.
Lors de la balade autour de l’étang, vous trouverez une boîte avec un carnet où chacun note ses observations. Il vous permet de connaître immédiatement les dernières nouvelles. Ne manquez pas d’y noter les vôtres.

Le peu d’autres plans d’eau du coin se situent plus au nord.
Les Epioux (en forêt, au nord de Florenville) et le barrage de la Vierre (route de Jamoigne à Bertrix, en forêt également) sont à visiter principalement en hiver. Le printemps peut également vous apporter la très discrète Cigogne noire ainsi que le Grand Corbeau.
Il existe également un site à Etalle ; créé en 1998, cette zone de lagunage commence à accueillir quelques espèces telles que le Grèbe castagneux, la Rousserolle effarvatte, le Phragmite des joncs (nicheur en 1999), la Locustelle tacheté …
Ce site reste surtout intéressant en période de migration. La Guifette moustac et l’Aigrette garzette ont déjà été observées sur le site et le Balbuzard y est régulier au printemps et en automne … Un petit passage par là est donc conseillé, mais l’accès à ce site reste limité et il est interdit de pénétrer dans le marais afin de conserver la tranquillité et la quiétude de la zone.
 

Les cours d’eau et les prés inondés

L’idéal pour les anatidés est le moment où les fortes pluies font déborder les cours d’eau. La Semois et la Chiers sont les mieux placées pour accueillir les oiseaux dans les prés inondés. Les «spots » en période de crue se situent dans la vallée de Tintigny à Jamoigne et à Chassepierre pour la Semois et de Dampicourt à Torgny pour la Chiers. Lors de ces inondations, il n’est pas rare de tomber sur de belles bandes de Grues cendrées (au printemps surtout), de Pluviers dorés, de Vanneaux huppés et de laridés dans lesquelles il faudra rechercher les barges, les combattants et autres limicoles.
Une chose est sûre, les prés inondés attirent très vite un bon nombre d’oiseaux !
 
 

Les migrations

Lorsque la migration d’automne bat son plein, il est bon de se rendre dans la toute belle vallée de Torgny. Le meilleur endroit pour voir les oiseaux arrivant du nord se situe à Velosnes, côté français. À partir de Torgny, traverser la vallée de la Chiers vers la France et dans le village de Velosnes, prendre la direction de Bazeille-sur-Othain. Faire environ 500 mètres pour se retrouver sur une crête qui vous offre une vue ouverte et vous donne le plus bel horizon pour suivre les retours du nord.
Dès la fin août, ce sont les Bondrées apivores qui se bousculent (jusqu’à 374 individus le 30/08/2000 pour un total de 1002 ex. pour ce même automne !), suivent alors les Cigognes noires, les Balbuzards pêcheurs, les Busards des roseaux et autres rapaces…
Une foule d’oiseaux peuvent être observés de cet endroit et les surprises sont souvent de la partie : labbes, Pluvier argenté, Courlis corlieu, Cigogne blanche (un groupe de 87 individus le 22/08/2000 ! ) bécassines, Pipit rousseline (plusieurs dizaines chaque automne), Pipit à gorge rousse, Bruant ortolan, Aigrette garzette (une fois), Faucon pèlerin, Faucon kobez, Busard pâle (un individu en août 2000) et d’autres encore à découvrir…

Côté Semois, c’est depuis Termes que l’on peut également suivre les migrations. Dans le village, prendre vers Rossignol en face de l’église, passer la Semois et à moins d’un kilomètre, prendre une route en cul-de-sac montant vers la gauche. Au bout de cette route, vous vous trouverez sur un des points les plus élevés de la vallée avec une vue circulaire. En avril, c’est peut-être le meilleur endroit pour surprendre un Merle à plastron dans les haies ou un Pipit rousseline en prairie. Dans la vallée côté Semois, la Pie-grièche grise, le Tarier des prés et le Faucon hobereau sont nicheurs. Le Milan royal est également installé à Rossignol et la Cigogne noire est souvent présente dans ce coin .
 

Autres lieux

Un autre point à ne pas manquer lors d’une de vos visites de la région est le zoning industriel du PED à Aubange (zone des trois frontières) ainsi que le marais du Brull et sa roselière.
Sur le zoning même, il est possible d’observer le Pipit rousseline en migration ou l’Alouette lulu nicheuse. Le Faucon hobereau, la Bondrée apivore et les deux milans chassent régulièrement sur le site.
Au marais du Brull, ornithologiquement mal connu, c’est le râle qui abonde (6 à 8 chanteurs). L’hiver venu, un dortoir de Pipits spioncelles s’installe et la Bécassine sourde peut être surprise parmi les Bécassines des marais. La roselière accueillerait-elle le dernier couple de Phragmite des joncs gaumais ?
 
 

Perspectives d'avenir

La Gaume est une région encore très mal connue des ornithologues où reste certainement beaucoup de choses à découvrir. Sachant qu’en France, non loin de nos frontières, nichent la Huppe fasciée, la Pie-grièche à tête rousse, le Pic cendré, le Gobemouche à collier ou la Mésange rémiz et le Hibou des marais. On peut s’attendre, aujourd’hui encore, à trouver dans notre belle région certaines espèces que l’on croyait disparues. La Marouette ponctuée niche-t-elle toujours dans la réserve de la Cussignière ? Y a-t-il encore de temps à autre un canton d’Engoulevent d’Europe dans une coupe forestière ? Combien y a-t-il de couples de Pie-grièche à tête rousse côté belge ? Et le Pic cendré, et la Huppe fasciée… Tant de questions qui n’attendent que quelques mordus de la recherche pour obtenir des réponses ! Il y a environ 5 ans, un Bruant zizi chantait dans un petit village français à 4 kilomètres de la frontière… Tous ces petits indices peuvent laisser perplexe quant aux observations futures.
 
Texte et photos : Rudi Dujardin