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Recherche hivernale du Milan royal

Photo: J. Fouarge

Un nicheur européen fragile malgré des effectifs assez conséquents

Le Milan royal est un rapace globalement peu abondant (23.500-28.6000 couples – Aebischer 2014) dont l’aire de répartition est  limitée à une partie de l’Europe (les rares nicheurs du Maghreb pourraient avoir disparu). L’Allemagne concentre environ la moitié de l’effectif  mondial (12.000 – 15.000 couples en 2014). Au nord-est de la Belgique, la Pologne (1.000-1.500 couples) et la Suède (2.000) possèdent aussi de fortes populations de nicheurs, le Danemark moins (75-80).. Contre nos frontières, l’effectif est plus réduit au Luxembourg (63 couples) et dans le nord-est de la France (160 - 180  couples dans la Région Grand-Est qui couvre ca 57.000 km²).

En partie migrateur

En automne, surtout de septembre à novembre, une grande partie de ces Milans royaux gagnent des quartiers d’hiver situés dans le sud-ouest du continent. Les reprises belges d’oiseaux bagués proviennent surtout d’Allemagne (lands au nord-est de la Belgique), secondairement du Danemark et du sud de la Suède. Les reprises hivernales en Belgique le confirment : on dispose de quatre reprises de milans bagués au nid en Allemagne et un en Suède (données Centre belge de baguage). Par contre, aucun des quelques 800 jeunes bagués au nid en Belgique n’a été repris dans le pays en hiver (données Centre belge de baguage). Ces milans comme ceux venant du nord-est continuent en effet leur voyage vers le sud-ouest de la France et l’Espagne, en particulier la Castille, comme le montre notre projet de suivi par balises GPS.

Des hivernants en Wallonie ?

En hiver, la Belgique se situe sur la frange nord-ouest de la répartition du Milan royal. Ce rapace est alors rare en Haute-Belgique et très rare plus au nord, même si des variations sensibles peuvent s’observer d’un hiver à l’autre en fonction notamment de l’abondance des micromammifères et de la météo. 

Le recensement international en hiver

En complément des nombreux inventaires de nicheurs dont cet endémique européen fait l’objet (voir recensement 2015-2016 en Wallonie), un recensement international est organisé en janvier à l’initiative de la LPO (www.lpo.fr; mission rapaces). Il permet de mieux cerner l’aire et les conditions d’hivernage. Organisé depuis une décennie, il bénéficie de la participation d’un nombre croissant de pays, dont la Belgique. Pour mémoire, en janvier 2015, 13 pays ont collaboré et 31.774-32.012 milans avaient été dénombrés dont des records de 10.103 ex. en France (203 dortoirs) et .710 ex. en Suisse (37 dortoirs) (compilation LPO-France, coordination F. David  & D. Aebischer).

En Wallonie, l’ensemble des données éparses de janvier est aussi prise en compte car la découverte de dortoirs communautaires reste irrégulière (derniers de quelque importance en 2012).

Répartition du Milan royal en décembre 2015 (carrés) et janvier 2016 (ronds). Le vert indique les oiseaux en déplacement.

Rechercher les milans et leurs dortoirs

Rechercher les milans et leurs dortoirs en janvier 2016 en Wallonie

Le recensement international est centré sur l’inventaire des dortoirs au cours du week-end des 9- 10 janvier 2016. Ce recensement en sera à sa dixième édition !

Notre objectif est de préciser le statut hivernal, de pouvoir modestement contribuer aux dénombrements européens et d’être attentifs à l’opportunité d’éventuelles mesures de conservation.

En Wallonie, vu la présence diffuse de l’espèce, notre contribution de terrain comprend deux facettes :

  • être le plus attentif possible à l’espèce le we des 9-10 janvier mais aussi sur le tout le mois de janvier qui est au coeur de la période hivernale. Ceci se traduit notamment par une recherche plus active des milans lors des sorties de terrain. 
  • rechercher les dortoirs d’oiseaux observés en journée (même d’oiseaux solitaires). Pour cela, les observations prolongées d’oiseaux en vol orienté au début de la journée (d’où viennent-ils ?) et l’après-midi après 15h30 (où vont-ils dormir ?) sont précieuses. En fin de journée, tenter de suivre un ou des milans pour découvrir leur dortoir et observer leur comportement social est franchement motivant. La découverte de dortoirs permet bien souvent de révéler une présence plus importante que soupçonnée par les seuls contacts en journée. Elle est donc particulièrement importante pour mieux connaître le statut hivernal de cet oiseau menacé. Les milans semblent arriver dans la zone du dortoir vers 16h - 16h30 (coucher du soleil vers 17h). 

Dans les deux cas, l’envoi des données, avec un maximum de précisions (dont la distinction entre adultes et jeunes si possible), est recommandé via le portail www.observations.be. Dans l’intérêt de la quiétude des oiseaux, toute localisation précise de dortoir sera toutefois mise sous embargo.

Pour toute question

Contacter : coa (at) aves.be, jp-jacob (at) aves.be

Voir aussi 

- la page du programme de marquage 

- la page Facebook

Le suivi hivernal 2015-2016 en Belgique

L’hiver 2015 – 2016 est extrêmement doux, hormis la semaine froide du 8 au 15 janvier. Ces conditions sont une nouvelle fois à l’origine de passages tardifs d’oiseaux qui prolongeaient leur séjour dans ou près de leur aire de reproduction. Des milans considérés comme en migration vers le S/SO ont surtout été vus en décembre, la plupart durant la première décade (23 ex.) ; le dernier est mentionné le 22 janvier (1 ex. vers l’ouest à Merksplas, Anvers). 

La plupart des 74 milans signalés en décembre - janvier se trouvaient en Wallonie (85%), surtout en Haute Belgique, et étaient en déplacement (77%). Il s’agissait d’oiseaux isolés (86% des cas), parfois 2 ou 3 ex. et même un petit groupe de 5 migrateurs le 3 décembre à Bonnert (Arlon). Au total, le nombre de contacts est un peu inférieur à celui obtenu l’hiver précédent (voir Aves 52, 2015 : 164-165).

Aucun séjour n’a été mis en évidence et aucun dortoir n’a été trouvé. Au contraire de ce qui s’observe en Lorraine française, aucun milan ne semble être resté dans l’aire de très forte densité de nicheurs d’Ardenne orientale (e.a. aucun à la placette de nourrissage de Mirfeld). Toutefois, on note début janvier 2016 l’observation de 13-21 ex. sur un site allemand proche de Saint-Vith (www.ornitho.de). 

Lors du week-end du comptage international, un seul milan a été aperçu en Belgique ! Le Milan royal reste donc un visiteur rare en hiver en Wallonie et très rare en Flandre. 

Les conditions météo peu hivernales (douces et venteuse de secteur O/SO) permettent un début exceptionnellement précoce des retours comme l’indique un oiseau volant plein nord le 31 janvier à Robertville. Il est suivi par des oiseaux notés le 2 février à Mariembourg, Havelange, Petite-Chapelle et Battincourt, le 3 en Flandre (Maldegem et Denderleeuw) et surtout l’arrivée ce jour-là d’un des milans ardennais équipés de balise GPS (voir ce lien).

Et dans les régions voisines

  • Grand-duché de Luxembourg : Les résultats du recensement hivernal sont similaires aux belges : aucun dortoir et seulement quelques observations d’individus isolés, beaucoup moins qu’en janvier 2015. Depuis novembre, une quarantaine d’individus « en passage » ont été notés dans le pays (Mikis Bastian, COL, www.ornitho.lu ).
  • Lorraine française : L’espèce tend à augmenter en hiver, comme à l’échelle nationale. Le suivi se concentre sur des CET et des placettes de nourrissage. Un total record de 48 ex. est enregistré (départements de la Meuse et de la Moselle 3 chacun, Vosges 42). Un des deux dortoirs trouvés est un site de rassemblement d’oiseaux immatures en été. De plus, l’observation de deux milans nés dans la région est intéressante car elle indique la possibilité de « sédentarisation » dans l’aire de reproduction (Guillaume Leblanc – LOANA & LPO Lorraine).
  • Champagne - Ardennes : Un dortoir de 30-60 milans est localisé sur une décharge dans le sud de la région (Aymeric Mionnet, LPO Champagne - Ardennes). Avec le froid de la mi-janvier (entre le 15 et le 18/01), quelques oiseaux du nord sont descendus alors que le premier migrateur en direction du nord-est a été vu le 22 janvier.
  • Allemagne : Nombre de milans étaient présents en janvier, en particulier dans le Bade-Württemberg, la Hesse et les Lander de l’est (www.ornitho.de).

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