Aves, p�le ornithologique de Natagora

Le suivi de l’Hirondelle de rivage (Riparia riparia) : résultats du dénombrement de 2011 en Wallonie

Jean-Paul Jacob, Centrale Ornithologique Aves (jp-jacob@aves.be ; télétravail Grand-rue 34, 6747 Châtillon)

1. Objectif

Thierry Tancrez

L’Hirondelle de rivage possède une population nicheuse assez fluctuante en Wallonie. Son effectif a été estimé compris entre 1.700 et 3.000 couples par l’Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie (Jacob et al., 2010). 

L’espèce se prête particulièrement bien à des dénombrements périodiques dans le cadre d’un programme de surveillance des oiseaux nicheurs de Wallonie. Cette espèce coloniale devrait donc pouvoir faire l’objet d’inventaires périodiques complets des colonies et de leurs populations. Un comptage annuel d’une partie des colonies est même tout à fait envisageable. En ce cas, l’important est de recenser l’ensemble de zones de peuplement au cours de la même année afin de réduire le biais résultant d’échanges entre sites.

2. Méthode de recensement

La méthode d’inventaire est classique. 

Elle consiste à rechercher les sites occupés à partir de début mai (fin des retours et pleine activité d’installation) ; dans une région donnée, il s’agit de confirmer l’occupation de sites précédemment connus et rechercher de possibles autres colonies. En rivière, les retours sont souvent un peu plus tardifs. Le premier passage de repérage peut se faire après le 15 mai.

Réaliser le recensement en juin, avant l’envol de la première (et souvent seule) nichée, c’est-à-dire entre le 5-10 et le 15-20 juin, en pleine période de nourrissage. Des comptages plus tardifs risquent d’être invalides, notamment si les envols de jeunes ont débuté. Les juvéniles ont effet l’habitue de revenir se poser un peu n’importe où, ce qui peut donner une fausse impression d’abondance. D’autre part, des oiseaux se dispersent très vite après les envols : des groupes appariassent alors dès le 20-25 juin sur des sites om ils n’ont pas niché.

Le dénombrement est aisé si la colonie occupe un nouveau pans de falaise : on peut estimer que toutes les galeries sont occupées, sauf amorces manifestes. Ailleurs par contre, il faut 

  • cartographier les galeries d’après photo, voire croquis.
  • éliminer du total les amorces manifestes et les galeries manifestement non fréquentées : toiles d’araignées ou plantes dans les entrées, mousses et autres signes indiquant l’absence de passage (griffure dégageant le sol nu).
  • cocher les galeries occupées au vu d’oiseaux y rentrant, de jeunes non volants dans les entrées de nids ou de traces de passage manifestement fraîches (entrées plus ou moins érodées). Procéder à l’observation par groupes de nids si la colonie est importante.
  • rester assez longtemps pour ne plus ou quasi plus enregistrer de nouveaux nicheurs (un moyen est de totaliser le nombre de nouveaux nids par tranche de 15’; s’arrêter après au moins une tranche devenue nulle).

En rivière, le dénombrement implique de parcourir l’entièreté des tronçons propices car les petites colonies peuvent se déplacer.

3. Le recensement 2011

3.1. Le déroulement de la nidification 2011

 

Les hirondelles reviennent à partir de mars et massivement en avril. En 2011, les trois premières arrivent aux marais d'Harchies le 13.03 où elles sont 150 le 27.03, 400 le 06.04 et 500 le 07.04. Le 09.04, 450 ex. en deux bandes viennent dormir dans la roselière et, le 13.04, elles sont de 1.500 à 2.000 sur le marais. En mars en dehors d’Harchies, les premières se rencontrent le 19 aux barrages de l’Eau d’Heure, le 25 en Semois gaumaise, le 26 à Hollogne-sur-Geer et le 31 sur un site de nidification hennuyer. Il s’agit seulement de quelques oiseaux hors la concentration de Harchies (migrateurs en halte ou régionaux avant dispersion ?). Dès début avril, les colonies s'installent (80 ex. à Fontenoille et 12 à Mont-Saint-Guibert le 2, 30 cherchent à se fixer sur une falaise le 10 à Chaumont-Gistoux par exemple). Le creusement de galerie est mentionné à partir du 17.

Le printemps exceptionnellement sec, ensoleillé et chaud de 2011 a posé quelques problèmes d’installation, surtout dans les sites aux falaises argileuses rendues très dures et difficile à creuser en raison de la sécheresse persistante. Certains endroits n’ont donc pas été clairement occupés (argilière de Wanlin par exemple) ou l’on été avec irrégularité, au fil de tentatives diverses (berges de la Chiers set du Ton près de Torgny, par exemple).

La reproduction s’est sinon déroulée dans des conditions optimales, avec des envols à des dates dans l’ensemble normales. Les premiers jeunes volants sont observés autour du 12 juin. Par contre, des colonies en rivière étaient plus tardives. A partir de juillet, l’été fut assez maussade, sans chaleur et fort nuageux. Les départs ont été rapides. En août, très peu d’oiseaux fréquentaient encore les colonies ou nourrissaient en fin de mois (1 couple à Fontenoille soit 0,2% de l’effectif nicheur de juin, par exemple).

Bruno Marchal

3.2. Résultats

Le Tableau ci-dessous donne le détail des colonies occupées et leurs effectifs. Dans une série de cas, une valeur arrondie a été donnée par l’observateur.

 

Totaux  2011

Type de site

Hainaut occidental et central

 

 

Warneton, argilières du Touquet surtout

40

Briqueterie

Ploegsteert, Speedway

25

Briqueterie

Havinnes

32

Carrière (poussier)

Soignies

9

Carrière (tas de sable)

Ecaussines

50

Carrière

CCB Gaurain-Ramecroix

40

Carrière (poussier)

Blaton

65-70

Sablière

Bury

78

Sablière

Maubray

550

Sablière

Harmignies

135

Carrière

Total

1024-1029

27,8%

 

Brabant

 

 

Mellery

32

Sablière

Chaumont-Gistoux

30-40

Sablière

Mont-Saint-Guibert

224

Sablière

Total

286-296

7,8%

 

Hesbaye

 

 

Total

0

 

 

Vallée de la Meuse

 

 

Engis

20

Carrière

Hermalle-sous-Huy

30

Carrière

Ombret-Rawsa

10

Carrière

Eben, carrière de Romont

max 40

Carrière

Lixhe-Wonck, carrière de Loen

40 min

Carrière

Total

140

3,8%

 

Entre Vesdre et Meuse

 

 

Total

0

 

 

ESM

 

 

Olly-sur-Viroin

39

Rivière

BEH

3

Tas de terre

Oret, Mettet

38

Sablière

Frasnes-lez-Couvin

121

Carrière

Merlemont, carrière Saint-Jean-des-Prés

13

Carrière

Total

214

5,8%

 

 

 

Condroz oriental

 

 

Total

0

 

 

Famenne et Ourthe

 

 

On, Jemelle

10

Carrière (poussier)

Lesse entre Houyet et Eprave

25-30

Rivière

Hotton, camping aval

2

Rivière

Deulin, el Neyaune

3

Rivière

Noiseux

6

Rivière

Moulin d’Enneille

6-8

 

Grandhan, La bouverie à Bomal

67-75

Rivière

Ourthe en aval de Comblain, Esneux

4

Rivière

Hamoir à Comblain-au-Pont

6

Rivière

Amblève, grotte de Remouchamps

5-10

Rivière

Total

134-154

3,6%

 

 

 

Ardenne

 

 

La Roche

21

Château

Bouillon

2+2

Rivière

Hodister (Rendeux)

3

Rivière

Total

28

0,7%

 

 

 

Lorraine

 

 

Schoppach

2

Carrière

Metzert

460

Carrière

Sampont

217

Carrière

Lagland

49

Sablière

Châtillon

176

Sablière

Huombois

302

Carrière

Lamorteau

4

Rivière

Torgny

9- 30

Rivière

Fontenoille BRG

178

Carrière

Fontenoille Emond

372

Carrière

Valansart

6-7

Carrière

Izel

42-47

Carrière

Rulles

8-10

Rivière

Semois en aval de Tintigny

30-50

Rivière

Total

1855-1904

50,5%

 

 

 

Wallonie

3681-3765

100%

3.3 Discussion

L’effectif total tombe dans la fourchette de précédents recensements. L’essentiel de la population est concentrée en carrières (93,7% de l’effectif) où des colonies très importantes sont recensées en Hainaut occidental (maximum 550 couples à Maubray) et en Lorraine (6 colonies à plus de 170 couples, dont une de 460). 

Les nicheurs en rivière sont rares et dispersés. La situation dans cet habitat est préoccupante avec environ 245 couples répartis sur une quinzaine de segments de berges de sept rivières de Haute-Belgique : Viroin, Lesse, Ourthe, Amblève, Semois, Rulles, Chiers.

Le nombre total de colonies tend à se réduire, ce qui est un facteur intrinsèque de fragilité. Il est accentué par la concentration d’une grande partie de l’effectif sur une trentaine de carrière, dont dix d’entre elles rassemblent 2735 couples soit 74,3% de l’effectif wallon : Maubray 550 couples, Harmignies 135, Mont-Saint-Guibert 224, Frasnes-lez-Couvin 121 et 6 carrières de Lorraine 1705 couples. La vulnérabilité des installations en carrières est renforcée par l’occupation non de falaises mais de tas de sables et poussiers dans plusieurs d’entre elles.

 

Total couples

Nombre de sites

 

Proportion en carrières

 

n

%

carrière

rivière

divers

n couples

%

Ouest Hainaut

1024-1029

27,8

10

0

0

1024-1029

100

Brabant

286-296

7,8

3

0

0

286-296

100

Meuse

140

3,8

5

0

0

140

100

ESM

214

5,8

3

1

1

172

80,4

Famenne

134-154

3,6

1

8

0

10

7,3

Ardenne

28

0,7

0

2

1

0

0

Lorraine

1855-1904

50,5

10

4

0

1804

97,3

Totaux

3681-3765

100

32

15

2

3436

93,3

De rares nouvelles petites colonies se sont créées en 2011 : Soignies 9 nids, Wonck 40, barrages de l’eau d’Heure 3 nids (tentative), Bouillon 4 nids.

A l’inverse nombre de résultats négatifs ont été enregistrés sur des sites ou rivières précédemment occupés. Entre autres, une série de colonies ont été désertées après des dernières reproductions en 2009-2010 comme Céroux-Mousty, Vinalmont, Amay, Haccourt, Plombières, Melreux, Marenne, Yves-Gomezée, de nombreux petits sites sur l’Ourthe et la Lesse …

Par région, des abandons sont donc signalés dans les sites suivants depuis les années atlas 2001-2007 (liste minimale) :

  • Hainaut occidental : Carnières.
  • Brabant : Céroux Mousty ; d’autres sablières sont abandonnées depuis plus longtemps (Archennes, Braine-le-Comte, Rosières ..).
  • Hesbaye : il n’y a plus de colonies en 2011, la dernière disparition étant celle de Vinalmont encore occupée en 2010.
  • Vallée de la Meuse et abords : Java, Bas-Oha, Amay, la Meuse en aval d’Andenne jusque Tihange, Fontaine, Haccourt encore occupé en 2010. En haute Meuse, le site occupé à Heer est en France.
  • Entre Vesdre et Meuse : aucune colonie ne subsiste. Disparition récente sur la Berwinne, la Gueule, à Plombières et Gemmenich.
  • Condroz oritental : pas de colonies en 2011. Des sites occupés précédemment dans la vallée du Bocq sont désertés (carrières devenues défavorables).
  • Famenne : camp de Marche ; encore en 2009, Vecpré, Rendeux, Melreux (rien sur 3 sites), Fronville, Deulin, Wellin, Marenne. Pas d’oiseaux sur les affluents de l’Ourthe sauf à la confluence de la Marchette ; rien sur l’Aisne. Vers l’aval, un petit noyau subsiste sur l’Amblève et très peu d’oiseaux en aval d’Hamoir.
  • Entre-Sambre-et-Meuse : après une désertion temporaire, le site de Frasnes-lez-Couvin a été réoccupé. Virelles reste inoccupé malgré l’installation d’un mur à hirondelles en début de 2011. Plusieurs sites occupés précédemment sont désertés : Onhaye, Bioul, Yves-Gomezée, des carrières de Oret. Peu d’oiseaux se maintiennent dans le Viroin.
  • Ardenne : abandon du site du Rouvrou à Bertrix, maintien en moindre nombre au château de La roche mais découverte en Semois ardennaise à Bouillon (4 couples, 2 sites). Pas d’occupation trouvée dans la vallée de la Sûre, dans la vallée de la Semois en aval de Bouillon, dans le bassin de l’Ourthe en amont de La Roche, dans le bassin de l’Our et la région de Saint-Vith.
  • Lorraine : pas de colonies dans la vallée de l’Attert, de la Messancy, dans la vallée de la Vire, dans la vallée du Ton en amont de Lamorteau, dans la vallée de la Chevratte et carrières connexes,

Dans toutes les régions des hirondelles ont été signalées apparemment en dehors site de reproduction à la fin mai et en juin.

  • Dans quelques cas, le lien avec une colonie plus ou moins distante est établi : par exemple, les oiseaux qui fréquent l’étang de l’Illé à Etalle (Lorraine) proviennent, surtout par mauvais temps, de la colonie de Huombois distante de 4,5 km. Il en est de même des oiseaux vus au lac de Louvain-la-Neuve, venant de la colonie de Mont-Saint-Guibert.
  • À Harchies, la reproduction n’est pas établie, ni à proximité immédiate ; le nombre d’hirondelles, peut-être non nicheuses, est notable pendant toute la nidification : ainsi 150 ex. le 29.05 et 50 ex. le 11.06. Un problème analogue s’est posé au moins sur la Haine à Saint-Ghislain et sur la Meuse hutoise où les groupes observés fin mai et en juin ne pouvaient être reliés à une colonie connue.
  • Dans d’autres cas, les oiseaux vus peuvent n’avoir pas pu trouver à nicher dans les environs parce que le site de nidification a disparu, cas assez fréquent sur les sites industriels. Elles nichent ainsi dans des tas de poussier ou de sable dans des carrières de pierre, dans des tas d’autres matériaux meubles ailleurs. Par exemple, quelques hirondelles (1-6 ex.) à l’étang Bredeau près de Luchy pendant la nidification sont sans doute des oiseaux n’ayant pu se réinstaller sur le zoning du Rouvrou à Bertrix (tas de sciure occupé précédemment chez ERDA bois-énergie). Ce type de colonies est exposé au problème de la gestion des stocks dans ces carrières et sites industriels. Lors d’années où ces tas sont vendus, la reproduction est ipso facto impossible : ce fut le cas récemment pour des colonies de Famenne (On, Wellin, Marenne, Aisne), entraînant une chute importante de l’effectif régional. Ce fait peut aussi expliquer des observations d’oiseaux apparemment non fixés.
  • La météo du printemps a manifestement posé des problèmes de creusement de galeries dans des falaises terreuses durcies par la sécheresse (nicheurs en rivière en Famenne et en Lorraine notamment).

L’évolution récente de la répartition et de la population semble préoccupante, même si le total obtenu pour la Wallonie est dans la fourchette des recensements antérieurs. 

3.4. Participation

Les comptages ont été réalisés grâce à la collaboration de 67 observateurs au moins L. Bataille, Ph. Blomme, S. Bocca, A. Burnel, C. Calberg, D. Colart, J.-L. Coppée, E. Cuvelier,J. Dandois, L. De Bœuf, Ph. Deflorenne, Ph. Degossely, N. Deleu, R. de Liedekerke, J. De Meirsman, A. Derouaux, M. Derume, D. Devos, G. Ducrocq, H. Dufourny, R. Dujardin, Ch. Farinelle, S. Farinelle, P. Fourez, F. François, J. François, P. Gailly, R. Gailly, J. Gilbert, E. Heymans, B. Iweins, B. Jardon, Ph. Jenard, Ph. Jobé, Th. Kinet, V. Leirens, S. Lejeune, P. Leprince, Th. Maniquet, B. Marchal, M. Marion, J. Matagne, A. Michez, P. Mossoux, C. Noiret, M. Orru, Th. Ory, H. Pâques,J.-Y. Paquet, N. Pierrard, P. Pierre, R. Ponsen,S. Raison, J.-P. Rapaille, V. Rasson, G. reuter, J.-S. Rousseau, J. Simar, E. Steinert, Ph. Tonnard, E. Tonglet, F. van den Abbeele, J. Van Volsem, J. Van Winkel, D. Verroken, D. Vieuxtemps, J. Wuelche. En espérant n’avoir oublié personne …

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