Les bassins de décantation de la râperie de Longchamps ( Eghezée)


Limicoles à Longchamps (72 Bécasseaux minutes, 22 cocorlis, 7 variables, 35 Combattants) Octobre 96 
                         Photo A. Joris 
 
  1. Description du site
  2. La migration prénuptiale
  3. Nicheurs remarquables
  4. La migration postnuptiale
  5. Le coin des raretés
  6. Conditions d'accès
  7. Contact avec l'auteur
  8. Longchamps en 2004

 
 
 
 


Description du site

S’étendant sur plus de 70 hectares, le complexe des bassins de décantation de Longchamps est le plus vaste de Wallonie. Composé d’une quinzaine de bassins de taille variable ( les plus grands s’étalant sur près de 4 ha ), il est situé sur la commune d’Eghezée, entre Namur et Wavre, et reçoit les eaux usées de la râperie de Longchamps. Certains bassins ne sont plus alimentés et sont remplis d’eau de pluie, alors que les autres sont remplis à des degrés divers par les boues de décantation. C’est cette variation dans les niveaux d’eau qui fait la richesse de l’endroit en découvrant de grandes vasières tellement accueillantes pour l’avifaune aquatique. Une cessation d’activité de la râperie amènerait, en quelques années, un envahissement presque total par la végétation arbustive, comme c’est déjà le cas pour les bassins qui ne reçoivent plus ces eaux boueuses.

Haut-lieu de l’ornithologie wallonne, ces décanteurs sont fréquentés par des dizaines d’observateurs de tous horizons, principalement au printemps et en automne. On l’aura compris : cet endroit est surtout réputé comme étant une halte pour de nombreux oiseaux migrateurs, tout en accueillant également quelques espèces nicheuses remarquables. Les limicoles sont définitivement la spécialité de ces décanteurs qui en ont déjà accueilli 36 espèces, mais plusieurs autres espèces comme les Guifettes noires, les Mouettes pygmées ou certains anatidés fréquentent aussi l’endroit en nombres parfois impressionnants.


Le passage prénuptial

L’hiver sur les décanteurs est une saison calme voire morose et seuls quelques foulques et canards ( parfois plus de 1500 colverts ) passent généralement l’hiver sur place. Lors des périodes de gel prolongé, les oiseaux désertent complètement l’endroit. La saison ornithologique commence donc tout doucement au mois de mars, avec les premiers migrateurs.

MARS :

Ce sont surtout les anatidés qui sont bien représentés, avec des groupes souvent importants de Canards souchets (30-50 ex.), de Sarcelles d’hiver (50-100 ex.), de Fuligules milouins (50-150 ex.) et morillons (10-30 ex.) et certaines années de Canards pilets (max.60ex.). D’autres canards sont souvent présents sur le site, mais toujours en petit nombre : Tadorne de Belon, Canards siffleur et chipeau, ainsi que les premières Sarcelles d’été.

C’est en mars aussi que passent les groupes de Barges à queue noire, qui ne s’arrêtent pas toujours sur les bassins. Bécasseaux variables, Grands et Petits Gravelots, Chevaliers culblanc et gambette , Combattants (jusque 50-60 ex.) sont les limicoles le plus fréquemment observés. Les Grèbes castagneux rentrent au début du mois, ainsi que les Mouettes rieuses (100-200 ex.) qui commencent à devenir agressives autour du bassin qu’elles auront choisi pour accueillir la colonie. Si le niveau d’eau le permet, Bécassine des marais et Bécassine sourde seront observées tout le mois.

AVRIL :

Mois charnière, qui voit défiler les derniers hivernants européens et arriver un flot discontinu de migrateurs de retour d’Afrique. Les canards sont toujours bien représentés la première moitié du mois; ensuite ce sont les limicoles qui passent en nombres parfois importants. L’importance des effectifs de limicoles qui s’arrêtent à Longchamps dépend fortement du niveau d’eau des bassins. Si un des grands bassins au moins offre une belle vasière, on pourra observer de nombreux Combattants (jusque 60 ex.), Chevaliers gambette (jusque 55 ex.), Chevaliers culblanc (jusque 30 ex.), Petits Gravelots (jusque 20 ex.). D’autres limicoles sont observés en nombres plus restreints : les autres chevaliers, Avocette, Bécassine des marais, Bécasseau variable et parfois un Tournepierre ou un Bécasseau sanderling. Plusieurs dizaines de Bergeronnettes grises et printanières fréquentent également le site, qui est constamment survolé par de beaux groupes d’hirondelles des 3 espèces (souvent plus de 500 ex. par temps de pluie). Les averses de la fin du mois sont à surveiller car elles font souvent " tomber " des migrateurs : Guifettes noires, Mouettes pygmées (jusque 160 ex.), Sternes pierregarin et arctique, les premiers Martinets noirs ou un Faucon hobereau.
 
Guifettes noires à Longchamps     Mai 96                               Photo A. Joris 
 

Du côté des nicheurs, c’est l’effervescence : les mouettes , les foulques et les Grèbes castagneux couvent, les Goélands cendrés paradent et les Bruants des roseaux lancent inlassablement leur chant.

MAI :

La migration prénuptiale culmine pendant la première décade, qui est sans doute la meilleure période de l’année sur les décanteurs. Les limicoles sont présents en plus petits groupes, mais la diversité est plus grande qu’en avril : Bécasseaux minute, cocorli et de Temminck, Pluvier argenté, Courlis corlieu, peuvent se mêler aux autres limicoles plus communs. C’est aussi le mois des surprises : Bécasseaux falcinelle et tacheté, Echasse, Mouette mélanocéphale, Sternes naine et hansel, Guifettes moustac et leucoptère, Pipit à gorge rousse ... sont quelques migrateurs plus rares ayant été observés début mai.

La migration se calme subitement dans la deuxième quinzaine du mois, surtout si le temps est au beau fixe, pour ne plus laisser que l’un ou l’autre chevalier attardé.


Nicheurs remarquables

La présence humaine est très réduite sur les bassins en période de nidification, les activités de l’usine étant minimales et généralement concentrées dans les bâtiments. Ce calme relatif est profitable à beaucoup d’espèces nicheuses et il est important que tout ornithologue visitant le site respecte la tranquillité des oiseaux tant nicheurs que migrateurs. Plusieurs espèces dont les effectifs nicheurs wallons sont très réduits ont choisi les décanteurs de Longchamps pour se reproduire:
 

Le passage postnuptial

Chevalier aboyeur à Longchamps Octobre 97 
                         Photo A. Joris 
 

Alors que la nidification bat son plein, les premiers limicoles migrateurs en route vers le Sud apparaissent déjà à la fin du mois de juin. Ce flot de limicoles, composé exclusivement d’adultes jusque fin juillet, verra ses rangs gonflés puis remplacés progressivement au cours du mois d’août par les jeunes de l’année. En septembre, la quasi totalité des limicoles est en plumage juvénile. Les 6 espèces de chevaliers sont présentes en nombres parfois importants (jusque 120 Guignettes, 30 Sylvains, 25 Aboyeurs, 40 Culblancs) au mois de juillet, accompagnés de quelques Combattants et de Petits Gravelots (jusque 30 ex.), avec parfois une Barge à queue noire ou un Bécasseau de Temminck.

Les premiers bécasseaux apparaissent généralement après le 15 août et voient leur nombre augmenter progressivement pour culminer à la mi-septembre (jusque 80 Minutes, 31 Cocorlis, 15 Variables). A côté de ces 3 espèces communes, on peut espérer voir un Temminck, un Sanderling ou un Maubèche, ou pourquoi pas un Phalarope à bec étroit (9 observations à ce jour).

Des nombres impressionnants de Bécassines des marais ( plus de 100 ex.) sont souvent notés en septembre, ainsi que de beaux groupes de jeunes Combattants ( jusque 50-60 ex.) et quelques Grands Gravelots.

En plus des canards locaux accompagnés de leurs pulli, de beaux nombres de Sarcelles d’été sont souvent observés au mois d’août, ainsi que quelques Tadornes ( de Belon et Casarca ...) et le groupe local d’Oies cendrées qui d’année en année voit ses effectifs gonfler ( 25 ex. en 2000).

La Marouette ponctuée est présente chaque année en août-septembre, mais son observation dépend fortement de la présence de plages de boue bordées de végétation haute. Le Râle d’eau est aussi parfois observé aux mêmes endroits.

Du côté des passereaux, on peut espérer voir les buissons peuplés de migrateurs (sylviidés surtout) à partir du 15-20 août. Les alentours des petites roselières sont à surveiller car c’est là qu’on y trouve le plus de rousserolles, fauvettes et Phragmite des joncs. Une prospection attentive permettra peut-être de tomber sur un Torcol ou le rare Phragmite aquatique .

Mi-octobre signe la fin du passage postnuptial et les derniers limicoles seront observés début novembre. Les seuls à passer l’hiver sont les Bécassines des marais et sourdes ainsi que le Chevalier culblanc. Les décanteurs s’enfoncent alors dans leur torpeur hivernale dont ils ne sortiront qu’au mois de mars de l’année suivante.


Le coin des raretés

Les grands nombres de limicoles qui défilent chaque année sur les décanteurs de Longchamps accueillent de temps à autres dans leurs rangs des oiseaux qui se sont écartés de leur route de migration habituelle (est-européenne, asiatique ou américaine) et qui voyagent avec les oiseaux européens. Le Bécasseau à queue pointue (09/89) et le Bécasseau de Baird (10/95) ont tout deux été observés sur les décanteurs et ces deux données constituent à ce jour (07/2000) les seules observations de ces espèces réalisées en Belgique.
 
 
Marouette ponctuée à Longchamps
Octobre 97                Photo A. Joris 
 

D’autres oiseaux moins rares mais néanmoins inhabituels ont également effectué une halte migratoire à Longchamps : Bécasseau falcinelle (2 obs.), Bécasseau tacheté (4 obs.), Oedicnème, Chevalier stagnatile (3 obs.), Sterne hansel (3 obs.), Héron gardeboeuf, Pipit à gorge rousse (3 obs.), Phragmite aquatique, ...voilà pour les plus rares.

Plusieurs migrateurs difficiles à trouver en Wallonie sont régulièrement observés ici : Marouette ponctuée, Tournepierre, Bécasseau de Temminck, Bécasseau sanderling, Echasse blanche, Phalarope à bec étroit, Guifette moustac, Mouette mélanocéphale, Mésange rémiz,...

Bref, un suivi régulier du site permet assez vite de tomber sur une surprise voire une rareté ce qui, en plus des grands nombres de migrateurs plus communs, fait de Longchamps un des sites les plus courus par les observateurs wallons.
 


Conditions d’accès

Toutes les observations effectuées sur le complexe des bassins de décantation de Longchamps n’auraient pas été possibles sans l’amabilité et la tolérance de la direction de la râperie qui ne nous a jamais interdit l’accès aux bassins. Aussi, afin de continuer de bénéficier de l’accès illimité aux décanteurs, devons nous suivre un minimum de consignes pour ne pas perturber ni le bon fonctionnement de la râperie ni la tranquillité des oiseaux.

1- Les voitures seront garées DEVANT la moitié gauche de la grille automatique verte à l’entrée de la râperie, sauf en période de récolte des betteraves (fin septembre à décembre). Les deux battants de la grille sont alors ouverts 24h/24. Il faut dans ce cas entrer dans l’enceinte de l’usine et se garer dans le parking prévu.

2- Si la grille est fermée (c’est à dire entre 20h et 7h en semaine, toute la journée les W-E et congés annuels) il faut néanmoins se garer devant la moitié gauche de la grille et la contourner à pied par le jardin qui jouxte la droite de l’entrée de l’usine. On y entre par la petite grille verte que l’on prendra soin de refermer derrière soi.

3- Une fois correctement garé, vous voilà dans l’enceinte de la râperie, qu’il vous faudra traverser sur toute sa longueur pour accéder aux bassins. On arrive sur ceux-ci par le chemin en gravier qui monte sur les digues à partir de l’extrémité Sud de l’enceinte.

4- Quand vous êtes sur les digues, il est important de ne pas sillonner les bassins dans tous les sens. L’activité humaine de la râperie sur les bassins est en fait concentrée sur une ligne qui correspond au chemin carrossable en gravier. Les oiseaux y sont habitués et dès que quelqu’un s’aventure sur les digues transversales, c’est la panique et tout ce petit monde décolle ( lorsque des grands groupes de canards décollent, ils tournoient parfois plus de 20 minutes avant d’oser se poser à nouveau...). Vous veillerez donc à ne pas quitter ce chemin ou son prolongement imaginaire si vous visitez les bassins du Nord.


Bruant ortolan  à Longchamps  Mai 98                Photo A. Joris 
 

Pour tout renseignement sur les décanteurs de Longchamps et leur avifaune, ou si vous y observez une espèce inhabituelle, rare ou nouvelle pour le site, voici comment me joindre :
Antoine Joris Tél : 0478/621283, E-mail : ajoris@hotmail.com

Les raretés à Longchamps

Liste des espèces observées à Longchamps