Programme de surveillance de l'état de l'environnement en Région Bruxelloise : avifaune et herpétofaune
Pour participer aux enquêtes de la surveillance ou au nouvel atlas des oiseaux nicheurs de Bruxelles, contactez-nous !
Anne Weiserbs : a.weiserbs@skynet.be
Jean-Paul Jacob : jp-jacob@yucom.beAVIFAUNE : Suivi général de l'avifaune | Problématiques ciblées | Nouvel atlas des oiseaux nicheurs de Bruxelles | HERPETOFAUNE.
1. L'AVIFAUNE [Haut]
L'enjeu de la surveillance de l'avifaune dans une zone urbaine est d'appréhender les multiples facettes que prend la "nature" en ville. Le cas de la Région Bruxelles-Capitale a pu être développé dans le cadre du programme d'inventaire et de surveillance de la biodiversité mis en place à partir de 1992 par la F.B.D.B. à la demande de l'I.B.G.E. (Institut Bruxellois pour la Gestion de l'Environnement). Dans ce contexte, plusieurs axes de travail ont été développés dans la foulée de la publication de l'Atlas de Bruxelles (Rabosée et al, 1995), notamment grâce au travail de coordination de Jean Paul Fouarge, Jean-Marc Couvreur et Geoffroy De Schutter de 1992 à 1995:
- l'inventaire de base étant acquis (l'Atlas), le suivi des effectifs de nombreuses espèces a été assuré avec la collaboration du réseau d'observateurs bruxellois;
- des enquêtes ciblées ont permis d'aborder l'étude causale des facteurs influençant négativement l'avifaune;
- des inventaires semi-quantitatifs de sites (zones semi-naturelles et parcs).Un rapport annuel est remis par Aves à lIBGE ; ces rapports sont disponibles pour consultation à Aves.
1. Le suivi général de l'avifaune nicheuse. [Haut]
Une méthode unique ne pouvant être appliquée à la centaine d'espèces nicheuses trouvées lors de l'Atlas de 1989-1991 (Rabosée et al., 1995), il était nécessaire de combiner plusieurs approches:
- La plupart des espèces terrestres "communes et répandues" sont suivies par un échantillonnage utilisant la technique des IPA (Indices Ponctuels d'Abondance) avec deux passages annuels de 15 minutes. Ce suivi annuel permet d'analyser l'évolution de près de la moitié des espèces bruxelloises mais également de suivre l'occupation des habitats et de répondre à d'autres questions soulevées lors de l'exécution du programme (par exemple, l'évolution des cavernicoles en rapport avec la progression de la Perruche à collier). Au total, 100 points (Liste en lien annexe 1) sont répartis sur lensemble du territoire, dans les différents habitats. Le réseau ainsi constitué est particulièrement dense par comparaison avec d'autres systèmes de surveillance. Toute participation est la bienvenue, ne fut-ce que pour assurer l'échantillonnage annuel de l'un ou l'autre point; il suffit de nous contacter (lien avec encart avec adresse de contact ci-dessus).
- D'autres espèces font l'objet d'inventaires périodiques, comme par exemple, les oiseaux d'eau qui sont échantillonnés chaque année sur les vingt principales zones humides de la Région ou les Hirondelles de fenêtre (Delichon urbica), également dénombrées chaque année (Weiserbs, A. & Jacob, J.-P. (1996) paru en 1997. Lhirondelle de fenêtre Delichon urbica en 1996 en région bruxelloise. Aves 33 (4): 261-262.). La figure 1 montre lévolution du nombre de couples nicheurs depuis 1996.
Figure 1. Evolution du nombre de couples nicheurs dHirondelle de fenêtre (Delichon urbica) en région bruxelloise depuis 1996.
- Certaines espèces font lobjet de suivis annuels particuliers. Cest le cas par exemple du Martinet noir (Apus apus) et de la Perruche à collier (Psittacula krameri).
2. Problématiques ciblées. [Haut]
Les résultats ornithologiques mettent en évidence des régressions d'espèces, des interactions entre espèces ou groupes d'espèces et des problèmes liés à l'occupation des habitats disponibles. Ces constats permettent de pousser les investigations et notamment de savoir dans quelle mesure prédomine l'action de facteurs locaux et/ou urbains. A ce titre, Bruxelles doit être replacée dans un contexte régional plus large.
Plusieurs exemples illustrent les approches ciblées.- Régression d'espèces forestières
Le déclin ou l'accentuation du déclin de plusieurs espèces a été mis en évidence par les points d'écoute dès 1994. Ce signal a décidé d'un nouvel inventaire exhaustif d'un quadrat (surface échantillon) forestier étudié à plusieurs reprises depuis 1970. Les résultats de 1995 (Couvreur et Jacob, 1996) ont permis de situer l'évolution des espèces dans une perspective temporelle à moyen terme et de montrer qu'il ne s'agissait pas de fluctuations à court terme. En 1996, la recherche exhaustive d'une série d'espèces sur les 1.600 hectares de la partie bruxelloise de la Forêt de Soignes a abouti à un constat alarmant puisque le Pipit des arbres (Anthus trivialis), le Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) et le Pouillot siffleur (Phylloscopus sibilatrix) ne sy rencontrent plus que de manière anecdotique (<5 cantons/16 km_), tandis que le Coucou gris (Cuculus canorus), la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur) et le Loriot dEurope (Oriolus oriolus) en ont complètement disparu.- Incidence du bruit dû au trafic autoroutier
La diminution drastique de plusieurs oiseaux forestiers nous a amenés à examiner l'hypothèse d'une possible perturbation due au bruit résultant de l'intensité du trafic routier (phénomène mis en évidence par des recherches néerlandaises). L'étude de la répartition des cantons le long de trois transects en forêt de Soignes a été réalisée en 1996. Une relation linéaire entre l'intensité du bruit et la densité d'oiseaux nicheurs a été mise en évidence, indiquant que cette forme de pollution réduit la surface et la qualité des habitats exploitables par l'avifaune. Il est cependant probable que ce facteur ne joue qu'un rôle aggravant dans l'évolution observée au niveau de l'avifaune (Weiserbs & Jacob (2001). Le bruit engendré par le trafic autoroutier influence-t-il la répartition des oiseaux nicheurs ? Alauda, in press.)- Importance d'habitats : le cas des clairières forestières
Dans le cadre plus large de l'évolution de la forêt de Soignes, le rôle des clairières pour la conservation de certaines espèces a été étudié à partir de 1996, en particulier près de Notre-Dame-au-Bois (Auderghem). La richesse spécifique remarquable mise en évidence en 1996 (Jacob, 1996) n'est pas sans rappeler celle qu'avaient jadis des sites semi-naturels péri-forestiers; quelques oiseaux devenus rarissimes à Bruxelles y ont été retrouvés (Traquet pâtre, Bruant jaune, Locustelle tachetée...). En outre, la densité du peuplement, supérieure à celle de la futaie "cathédrale", suscite des questions en matière de gestion future. L'idée de conserver ou de créer des clairières assez étendues avec régénération naturelle est notamment défendue. (Jacob (1996) paru en 1997. Avifaune nicheuse de clairières en forêt de Soignes. Aves (4) : 221-228).- Les oiseaux exotiques
La multiplication des cas dacclimatation despèces non indigènes et l'augmentation de leurs populations est un phénomène qui touche de plus en plus de cités. Ces espèces font lobjet de suivis particuliers dont le but est notamment de déterminer l'évolution des effectifs, de la distribution et de l'occupation des habitats. Ceci devra fournir des éléments de nature à cerner des nuisances éventuelles vis-à-vis des espèces indigènes et de l'environnement.Quelques exemples :
a) Les oiseaux deau exotiques ont fait lobjet dune étude approfondie en 1999 et 2000. Les espèces dont la nidification a été constatée au moins occasionnellement sont le Cygne tuberculé (Cygnus olor), lOie Magellan (Chloephaga picta), lOuette Egypte (Alopochen aegyptiacus), le Canard mandarin (Aix galericulata), le Cygne noir (Cygnus atratus).
b) La Perriche jeune-veuve (Myiopsitta monedula) a fait lobjet dun recensement complet en 1998-99, accompagné de suivis comportementaux et dincidence sur lenvironnement (Weiserbs & Jacob, (1999) paru en 2000 Etude de la population de Perriche jeune-veuve (Myiopsitta monachus) à Bruxelles. Aves 36 (4) :207-223). La Perriche jeune-veuve se reproduit en région bruxelloise depuis 1979. Au cours des années 80, plusieurs nids communautaires ont été construits et la population comptait 30 à 35 couples nicheurs. Après cette croissance rapide, la population bruxelloise a fluctué, sans progrès notable. En 1999, les effectifs ont été estimés à 50-60 individus répartis en trois sites de nidification. Actuellement, la fluctuation est en phase dexpansion : de nouveaux sites ont été occupés, parfois de façon irrégulière en 2000 et 2001. Cette unique population belge constitue lune des plus septentrionales de lespèce. Les conditions climatiques pourraient constituer un facteur limitant son développement, lespèce étant clairement dépendante du nourrissage artificiel en hiver. Actuellement, cette espèce ne semble poser à Bruxelles aucun problème de compétition envers les espèces indigènes (notamment vu le caractère très urbanisé des sites de nidification) et elle exerce une pression négligeable sur la végétation.
c) la Perruche alexandre (Psittacula eupatria) se repoduit depuis peu en région bruxelloise. Lespèce a fait lobjet dune évaluation en 1999-2000. (Weiserbs, A., Janssens, M. & Jacob, J.-P. (2000) paru en 2001. Une troisième perruche nicheuse en Région Bruxelloise : la Perruche alexandre Psittacula eupatria. Aves 37 (3-4) : 115-120.). Depuis 1998, cette perruche est observée régulièrement en région bruxelloise. En 1999, six couples ont nichés dans deux zones boisées du Nord-Ouest de la région (Scaillet, 1999) et 9 couples nicheurs ont été dénombrés en 2000 dans les mêmes zones. Cette petite population est intégrée aux Perruches à collier (Psittacula krameri), partageant leurs sites de nidification (la Perruche à collier est paticulièrement abondante dans les deux sites de nidification de la Perruche alexandre), les zones de nourrissage ainsi que leur dortoir. Ailleurs en Europe, la Perruche alexandre est peu répandue, sa reproduction nest signalée quen Allemagne.