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Aves, 40/1-4 | 2003 | 127-139

  L’hivernage de la Cigogne noire (Ciconia nigra) dans le nord d’Israël
Van Den Bossche, W.

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Résumé de l'article

La vallée du Jourdain, située au nord de la vallée du Rift, est la principale route de migration de la Cigogne noire au Moyen-Orient. Les vallées de Bet She’an et d’Hula, dans le nord d’Israël, en font partie avec, pour la vallée de Bet She’an, plus de 17.000 cigognes de passage en automne et au moins 8.000 au printemps. La construction d’étangs de pisciculture et l’établissement de fermes piscicoles y commencèrent dans les années 1940 (Fig. 1). Après un maximum de 5.095 ha atteint en 1965, la superficie de ces étangs s’est stabilisée à 3.000 ha en 1995. Parallèlement, le nombre de fermes piscicoles est passé d’un maximum de 96 exploitations en 1965 à 55 trente ans plus tard. Dans une région où les habitas aquatiques permanents sont rares et soit trop profonds pour la Cigogne noire, soit trop pollués, ces étangs sont une aubaine pour l’espèce. La plupart des migrateurs s’y arrêtent pour se nourrir et se reposer. En outre, cette région est devenue la plus importante zone d’hivernage de l’espèce. Déjà au début du siècle, des Cigognes noires étaient observées durant l’hiver en Palestine. Depuis 1965, l’autorité de la nature et des parcs d’Israël (INPA) organise un recensement annuel en janvier, au cours duquel seule une partie des étangs est visitée (Fig. 3). Au début de ces recensements, dans la seconde moitié des années 1960, on y comptait 1 à 6 cigognes mais, pas chaque année. Dans les années 1970, la population hivernante a augmenté jusqu’à un maximum de 237 ex. en 1977. L’effectif moyen des années 1980 est de plus de 300 cigognes, avec un maximum de 691 individus en 1989. Dans les années 1990, environ 450 cigognes sont recensées en janvier, avec un maximum de 823 lors de l’hiver 1995-1996. Selon les données de l’INPA de 1970 à 1994, les Cigognes noires hivernent annuellement et en grand nombre dans la vallée de Bet She’an (72%) et dans une moindre mesure dans la vallée d’Hula (25%), les 3% restants se rapportant à la plaine côtière et à la vallée de Zebulon (Tableau 2). J’ai étudié la Cigogne noire dans ces différentes régions au cours des automnes de 1993 à 1997 et des printemps 1995 et 1996. Les étangs et les champs de la vallée de Bet She’an ont été visités plusieurs fois par mois, tandis que les étangs de pisciculture et les canaux de la vallée d’Hula en Haite-Galilée ont été contrôles tous les quinze jours. Avec une population hivernante comprise entre 1.200 et 1.400 individus - la différence avec les données des recensements INPA s’explique par une plus grande couverture de la région -cette zone est unique au monde. Pour comparaison, de bons sites de nourrissage en Mauritanie accueillent des groupes de 50 à 62 oiseaux; une centaine d’individus ont été observés en Syrie en janvier 1995 et une cinquantaine en Arabie Saoudite en janvier 1996. En estrémadure (Espagne), 11 sites d’hivernage sont connus; ils accueillent les cigognes de novembre à mars en groupes pouvant atteindre 40 ex; elles se nourrissent dans les canaux de drainage des rizières. Un autre quartier d’hivernage permanent, abritant jusqu’à une centaine de cigognes, est situé dans la vallée de Gorno-Trakisska, en Bulgarie. En afrique, par contre, les Cigognes noires sont connues pour hiverner seules ou en petits groupes dans les petites rivières et les mares en cours d’assèchement; ces milieux ne sont probablement pas suffisamment riches en nourriture pour accueillir davantage d’oiseaux. En Israël, de 1994 à 1997, les cigognes commencent à quitter, à partie de la fin novembre, les vallées de Zevulon et d’Hula pour se rendre au sud dans la vallée de Bet She’an où, suivant mes comptages, hivernent de 76 à 89% de cette population. Ces déplacements s’expliquent par la vidange et le non-remplissage de la plupart des étangs. La migration prénuptiale, quant à elle, se déroule de début février à la mi-mars; l’estivage est exceptionnel. Cette étude a été facilitée par le programme international de marquage par bagues de couleur mis sur pied dans 12 pays d’Europe. Les Cigognes noires de 8 de ces pays (Lettonie, Pologne, Autriche, Russie, Hongrie, République Tchèque, Estonie et Slovaquie) empruntent la voie orientale et peuvent être observées en Israël, où 123 individus différents ont ainqi pu être identifiés de 1993 à 1997. Sur ces 123 oiseaux, 15 y ont hiverné (Tableau 3). Résultats Age des oiseaux La population hivernante d’Israël se compose d’oiseaux de premier hiver (entre 23 et 28%), de 2ème hiver (entre 11 et 22%) et d’adultes (Tableau 4°. Les adultes sont fidèles au site d’hivernage; avant leur 4ème hivernage, ils arrivent de plus en plus tôt à mesure que les années s’écoulent; à la mi-octobre, 7 des 8 adultes bagués hivernant en Israël y sont présents. Les oiseaux de premier hiver arrivent entre le 15 août et le 15 novembre mais, 27% seulement avant le 1er novembre. Plus ils arrivent tard, plus ils ont des chances d’hiverner et ceux qui arrivent après la mi-novembre restent. Aucune des 3& cigognes juvéniles observées avant octobre n’a hiverné sur place. Par rapport aux adultes, les jeunes hivernants (6 ex. bagués) sont plus erratiques. Les 4 oiseaux de 2ème hiver hivernant bagués sont arrivés avant la fin octobre. Comportement Les sites de repos se situent sur les pentes des collines le long du Jourdain, sur les étangs partiellement vidangés, plus exceptionnellement sur les arbresn les pylônes et dans les champs; ces endroits où les oiseaux sont rarement dérangés sont réutilisés d’année en année. Elles se nourrissent de petits poissons, surtout des tilapias, pêchés dans les étangs, pleins ou vidangés, ainsi que dans les canaux d’évacuation des étangs et le long du Jourdain. Elles fréquentent aussi les décharges, où elles consomment des poissons morts. Les lieux de pêche privilégiés sont les étangs en assec, où les Cigognes noires arrivent très rapidement (Fig. 4). Choix des sites de pêche en fonction de l’âge La proportion des jeunes dans les groupes varie en fonction du lieu de nourrisage. Elle est très élevée dans les petits canaux, où la pêche est aisée et dans les décharges. La proportion d’adultes est plus grande dans les étangs vidangés tandis que les jeunes pêchant dans les rivières sont rares (Fig. 5). Influence de la récolte des poissons sur le nombre d’hivernants En comarant le nombre d’hivernants en janvier avec la production totale dans les étangs de pisciculture au cours de l’année précédente et avec la production de tilapias, on relève une corrélation positive. Cela signifie que l’importance de l’hivernage est tributaire de la quantité de nourriture disponible. En 1996 et 1997 à Tirat Zevi et en 1997 à Ma’ale Gilboa, la récolte des poissons s’est effectuée sur un temps très court et avec peu de résidus en petits poissons. Alors qu’en 1995, 68% de la population de Bet She’an se trouvaient sur ces étangs, ce pourcentage est tombé respectivement à 31 et 29% en 1996 et 1997 (Tableau 5).Depuis 1994, un petit groupe d’ornithologues poursuit le recensement des Cigognes noires (Ciconia nigra) traversant le Détroit de Gibraltar durant la migration post-nuptiale, d’août à octobre (Tableau 1). En 1995, deux oiseaux équipés d’un émetteur dorsal ont été notés. L’un d’eux était un juvénile né en Belgique (qui périra plus tard dans la région de Fès au Maroc), l’autre une femelle adulte originaire de la République Tchèque. Ils faisaient partie des projets “Cigognes sans Frontières” pour la Belgique, la France et le Luxembourg et “Africka Odysea” pour la République Tchèque, dont la cigogne emblématique “Krystina”, qui a effectué la traversée au moins huit fois, avant de périr au Sénégal en 1999. Durant l’année 1998, deux oiseaux équipés d’émetteurs satellites ont été suivis. Les recensements sont faits à partir de deux stations traditionnellement utilisées pour l’observation des oiseaux : Algarrobo dans le secteur oriental et Cazalla dans le secteur occidental. En fonction des conditions climatiques, l’une ou l’autre était fréquentée. Une station au sommet du rocher de Gibraltar et à Hermanillas ont également été utilisées à plusieurs occasions. Lorsqu’une Cigogne noire est observée, un scanning manuel est effectué entre les différentes fréquences présélectionnées afin d’identifier l’individu grâce à la fréquence de son émetteur. L’équipement de réception comprend une antenne fixe, deux scanners et deux antennes de voiture. La durée de l’étude s’étend sur 18 jours, du 13 septembre au 4 octobre. En 1999, grâce à l’amélioration de l’équipement et à l’aide de bénévoles, 14 cigognes (Tableau 3) ont pu être suivies. Deux oiseaux tchèques sur les six identifiés ont effectué la traversée du détroit, de même que 12 oiseaux du programme “Cigognes sans Frontières”. Un total de 986 oiseaux fut noté durant cette saison-là (Tableau 2). Les auteurs ont également compilé des données sur le caractère grégaire des oiseaux, les routes empruntées, le temps et la durée des signaux et les conditions météorologiques. La force et la direction des vents sont les facteurs principaux influençant le lieu, le moment et la manière dont les oiseaux se lancent pour leur voyage vers l’Afrique. Si les tentativbes de traversée échouent, les oiseaux se replient à l’intérieur des terres et attendent habituellement le lendemain matin avant d’essayer à nouveau.

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