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Aves, 58/1 | 2021 | 25-49

  Identification taxonomique de la Gélinotte des bois Tetrastes bonasia dans le nord-est de la France
Arnd Schreiber

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Résumé de l'article

a taxonomie des populations de Gélinotte des bois du nord-est de la France est révisée sur la base des caractères différenciés au niveau de la morphométrie et de la coloration du plumage des deux sous-espèces T. b. rhenana (n = 127) et T. b. styriaca (n = 102). En France, T. b. styriaca est présente dans les Alpes (ou une partie de ce massif ?) et T. b. rhenana dans le massif des Vosges et leurs environs (au moins avant un projet de réintroduction récent qui a libéré des Gélinottes des bois allochtones dans les Vosges). Historiquement, T. b. rhenana a vraisemblablement occupé une aire beaucoup plus grande, couvrant les plaines et les collines de plus basse altitude du nord-est de la France, avant l’extermination anthropogénique. Une analyse des fonctions discriminantes sur les deux sous-espèces a été menée sur la base de la longueur alaire, le plumage des tarses, la morphologie du bec, les mouchetures du plumage ventral et la pigmentation de fond de la poitrine et du ventre : elle révèle la possibilité d'attribuer 87 % des individus à une des deux sous-espèces. La capacité de diagnostic, également évidente à partir de l’analyse en composantes principales, est sous-estimée puisqu’elle n’intègre pas le plumage dorsal, lui aussi différencié. Mais ce critère ne peut être utilisé dans les Identification taxonomique de la Gélinotte des bois Tetrastes bonasia dans le nord-est de la France Arnd Schreiber Greifstrasse 9/10 D-69123 Heidelberg Allemagne arnd.schreiber@web.de Aves 58/1 – 2021 – 25-49 Valentine Plessy26 AVES 58/1 – 2021 tests statistiques, au vu de sa complexité, et de l’importante variation individuelle, ainsi qu’une gradation micro- et macrogéographique. Il n’y a pas de preuve d’une subdivision morphologique au sein de la population des Vosges (bien que le matériel échantillonné à partir de T. b. rhenana en France soit si réduit qu’une structuration microgéographique mineure aurait pu passer inaperçue). À la différence de la très variable T. b. rhenana, T. b. styriaca est l’une des sous-espèces de Gélinotte géographiquement la plus uniforme au monde. Néanmoins, l’échantillon très restreint issu des Alpes occidentales françaises s’écarte quelque peu de celui du centre et de l’est du massif alpin au niveau des caractéristiques du plumage ventral. Cette différence pourrait indiquer, au (nord)ouest des Alpes, une influence génétique des populations adjacentes de plus basse altitude. La population alpine française mérite une étude plus fine, lorsque davantage de spécimens seront disponibles, notamment afin de déterminer si le morphotype issu du Jura est confiné à ce niveau montagnard ou s’il s’étend dans l’extrême nord-ouest des Alpes. Les populations du Jura sont intermédiaires entre les deux sous-espèces et plus variables ; on présume ainsi qu’elles sont issues de l’hybridation des deux taxons adjacents. Cependant, leur phénotype brut tend à être légèrement plus similaire à celui de T. b. styriaca plutôt qu'à celui de T. b. rhenana. Alors que la zone de contact entre les deux sous-espèces est localisée au sud au-delà des Vosges, le matériel que nous avons étudié provient principalement du Jura suisse ; les Gélinottes du Jura français, sous-étudiées, devraient faire l’objet d’une étude plus approfondie afin de localiser plus précisément la zone de contact. Un résultat d’un intérêt scientifique plus large, issu de cette étude, est la preuve statistique d’une différenciation géographique régionalisée du degré de dimorphisme sexuel dans les motifs de la pigmentation de la partie basse du ventre des mâles et des femelles : alors que les populations alpines ne présentent pas ce dimorphisme, il apparaît de façon significative chez T. b. rhenana. Ce phénomène mérite d’être davantage étudié en intégrant également d’autres sous-espèces venant d’ailleurs, afin de comprendre les différences probables dans les systèmes sociaux d’accouplement des sous-espèces de Gélinotte des bois, que l’on peut suspecter d’être corrélés à un dimorphisme sexuel plus ou moins prononcé dans les signaux du plumage.

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